Nous sommes aujourd’hui le 1er décembre, jour anniversaire de la proclamation de l’union des Serbes, des Croates et des Slovènes qui a eu lieu en 1918 à Belgrade ; il y a aussi exactement 80 ans que les traités de Saint-Germain et de Versailles ont créé l’état des Slaves du sud, selon la volonté des grandes puissances victorieuses au sortir de la première guerre mondiale. En tant que descendant de ceux qui ont gouverné ce Royaume, me voici à la fin de ce siècle essayant de dresser un rapide bilan de la mauvaise fortune des Serbes, les principaux acteurs de cette aventure qui vient, au cours de la dernière décennie, de se transformer en tragédie.

La Serbie, au lendemain des deux insurrections de 1804 et 1813 contre le joug ottoman, enfin sortie de plusieurs siècles d’occupation et reconnue indépendante au Congrès de Berlin en 1878, est entrée dans ce nouvel état en pensant réaliser le souhait naturel et légitime des Serbes : celui de tous habiter un même pays. Durant tout le XIXème siècle, gouvernés par les princes Karageorgévitch et Obrénovitch qu’inspirait l’exemple de la République française et la Déclaration des droits de l’homme, les Serbes, enjambant les siècles, ressucitaient en même temps leur ancien royaume médiéval dont les bases avaient été établies par la dynastie des Némanides.

Dans son histoire, ce peuple avait toujours placé l’Etat en première place dans ses objectifs nationaux et jamais le principe monarchique n’avait été remis en question. En 1903, avec le roi Pierre Ier, la Serbie a opté pour un royaume démocratique parlementaire qui a fait de ce roi dans son pays le monarque le plus populaire jusqu’à nos jours. Les tradititions ont toujours tenu chez les Serbes une place primordiale. Les rois en sont l’une des plus anciennes. Ainsi, à l’aube de la première guerre mondiale, les principes modernes de la démocratie se sont-ils trouvés reliés d’une heureuse manière à la vieille tradition monarchique. Notre nation s’est engagée sur une voie qui lui était propre et qui harmonisait les diversités de la population. La foi chrétienne, la couronne et l’Etat servaient enfin les intérêts du peuple.

De la première guerre mondiale, la Serbie est sortie saignée de quelques 1.500.000 morts, tant au combat que par suite des massacres commis par l’occupant. Son développement naturel a été brisé par la guerre et par la création de la Yougoslavie qui s’en est suivie. Beaucoup aujourd’hui, aveuglés par l’éclat des récents événements, ne songent plus aux faits historiques qui nous enseignent que cet Etat des Slaves du sud était dès le début d’un très fragile équilibre et pour ainsi dire non viable.

Je vais vous en donner un exemple : pour parfaire un état déjà internationalement reconnu, l’Assemblée constituante a été convoquée en 1921 à la suite d’élections législatives. Or, voici quelques chiffres : nombre de votants, 2.480.625 (77% du corps électoral) ; les députés ayant voté la Constitution étaient les représentants de 752.740 électeurs, soit 46,75 % de tous les votants et le tiers du corps électoral. La Constitution a été votée par 233 députés, parmi lesquels 35 se sont prononcés contre et 161 se sont abstenus. De tous les députés slovènes et croates, seulement 11 ont voté pour. La Constitution a été acceptée à une majorité de seulement 12 voix. Les radicaux et démocrates serbes n’auraient donc pas eu la majorité et n’auraient pu voter cette Constitution sans l’aide des 24 membres de la liste musulmane de Bosnie et des députés albanais de Kosovo et Métochie qui avaient négocié un vote favorable contre de l’argent et certains avantages. Donc, au lendemain du vote de cette Constitution, il apparaissait clairement que les Slovènes et les Croates ne voulaient pas la Yougoslavie. D’autres n’en voulaient pas non plus: les communistes.

Fondé à Vukovar en 1918, le Parti communiste yougoslave était l’image même du bolchévisme de Lénine et Trotsky. Depuis sa création, il réclamait pour la Yougoslavie le modèle étatique soviétique et commettait déjà des attentats dans ce but de soviétisation. En tant qu’organisation terroriste, ce parti s’est donc vu interdire par le gouvernement en 1920. Il a tenté de changer d’étiquette par une alliance avec les socialistes, mais n’a réussi qu’à les anéantir en les faisant interdire aussi. En 1924, à Moscou, lors du Congrès de l’Internationale communiste, les communistes yougoslaves ont réussi à introduire dans le programme du Comintern l’idée que le Royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes était une dictature monarchiste et qu’en tant que produit du Traité de Versailles elle devait être disloquée par la sécession de la Slovénie, de la Croatie et de la Macédoine. On peut donc affirmer que les communistes yougoslaves d’alors n’acceptaient pas non plus le principe même de ce nouvel Etat.

En 1928, des coups de pistolet furent tirés en pleine assemblée et trois députés croates furent assassinés par un Serbe du Monténégro. Il s’en suivit une violente crise et le roi Alexandre Ier supprima la Constitution de 1921 le 6 janvier 1929; l’Assemblée fut dissoute et il proclama son pouvoir personnel. Il donna en 1931 une nouvelle Constitution, dans un but inchangé : la Yougoslavie, la Yougoslavie à tout prix.

Cependant, son idéal avait toujours les mêmes ennemis : les Croates, les Slovènes et les communistes. En même temps, la situation politique en Europe qui ne cessait de s’aggraver avec l’avènement de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie fasciste de Mussolini, mettait davantage en péril la consolidation du très fragile équilibre intérieur. Les alliances du lendemain de la Première guerre mondiale étaient compromises. La politique européenne de la France, notamment, avait beaucoup de difficulté à s’affirmer. Le roi comprenait d’autant mieux la nécessité de chercher à négocier la paix avec Hitler et Mussolini qu’il n’avait pas de relations diplomatiques avec l’URSS et que la Grande Bretagne, son autre allié, voyait ses positions sur le continent aussi très compromises.

De plus, le Comintern commençait sa propagande contre "le grand-serbisme" ou "les prétentions nationalistes de la bourgeoisie serbe", faisant déjà du peuple serbe un bouc-émissaire. En combattant pour son globalisme communiste, il travaillait à l’élimination des états nationaux. Dans cette attitude, nous constatons pourtant un écart au moment où Hitler attaquera l’URSS et où le Comintern modifiera sa position envers "les nationalismes". Il commence alors à soutenir activement les nationalismes bulgare, croate, macédonien et autres, conformes aux intérêts de l’état soviétique. Mais le "nationalisme" serbe, c’est-à-dire la volonté de sauvegarde et d’amélioration de l’Etat serbe, a été stigmatisé et tout a été fait pour l’affaiblir de l’extérieur comme de l’intérieur. Or il y a visiblement une constante depuis 1918 et dans cette dernière décennie du siècle, nous avons pu voir qu’on a soutenu de nouveau les nationalismes croate, slovène, macédonien, musulman (bosniaque), albanais ("des kosovars"), hongrois, mais jamais l’étatisme ni la culture serbe.

Le 9 octobre 1934, le roi Alexandre Ier de Yougoslavie a été assassiné par les Croates à Marseille, en tant que symbole et que principal obstacle à leur programme national : par là-même, c’est sur la Yougoslavie qu’ils tiraient, celle que définissait la Constitution de 1921, sur le principe de l’unité des peuples selon lequel Serbes, Croates et Slovènes ne faisaient qu’un.

Dans ces circonstances dramatiques, mon père, le Prince Paul, est devenu régent et a prêté serment de remettre le royaume tel quel au fils du roi assassiné, Pierre, qui n’avait alors que onze ans. A cause de la situation en Europe (Hitler et Mussolini), il ne pouvait pas s’appuyer sur les alliés traditionnels. L’Angleterre le pressait d’accepter les désirs des Croates. Il s’est très vite trouvé prisonnier du yougoslavisme et de la parole donnée. Il était conscient du danger qui planait au-dessus du pays et n’avait jamais pu oublier le martyr du peuple serbe durant la première guerre mondiale. C’est pourquoi il voulait résoudre la question croate. Autrement dit, il a tout mis en oeuvre pour sauvegarder ce qui depuis toujours était le plus précieux aux Serbes : leur Etat. Sous son règne a été signé le Concordat avec le Vatican et la séparation de fait avec la Croatie (l’accord Cvetkovic-Macek). Il a voulu aussi préserver les acquis des guerres de libération et éviter au peuple une nouvelle hécatombe dans la deuxième guerre qui commençait déjà : c’est pourquoi il a envoyé son premier ministre négocier avec l’Allemagne et signer un traité qui permettait la neutralité de la Yougoslavie. Il avait bien mesuré l’incapacité de l’armée serbe à défendre les frontières yougoslaves. L’Etat était pauvre et ne pouvait se procurer des armes. La monnaie serbe de 1918 s’échangeait à 3 dinars contre 1 livre sterling ; après vingt années de Yougoslavie, en 1940, c’était 240 dinars contre 1 livre sterling. Mais le Prince Paul n’a pas réussi à réaliser son projet politique. Il a été renversé le 27 mars 1941 par un putsch militaire fomenté et financé (100 000 livres) par les Anglais.

La victoire de la révolution communiste a réussi à enlever aux Serbes leur traditionnel appui : la couronne. Après la Deuxième guerre, encore 1.500.000 victimes serbes par suite de l’Occupation, du génocide commis par les Croates, Albanais et musulmans de Bosnie, et de la guerre civile. Un exemple : avant la deuxième guerre, à l’ouest de la rivière Drina vivaient deux millions de Serbes selon le recensement de 1941. En 1991, donc cinquante ans après, au même endroit, on n’en comptait pas davantage alors que durant la même période, la population croate était passée de trois à cinq millions. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec le régime de Tito, qui était croate, et sa deuxième Yougoslavie soi-disant démocratique et populaire, les Serbes divisés et effrayés, n’ont plus songé qu’à leur salut. Ils étaient hostiles au communisme, ayant déjà compris que le Parti communiste yougoslave avait fondé principalement son idéologie sur l’anti-serbisme et l’internationalisme. De sang-froid et consciemment, les communistes ont détruit et effacé tout ce qui était serbe, l’histoire, l’église, les propriétés... Rien qu’à l’Eglise serbe, ils ont confisqué 70 000 hectares de champs et de forêts. Le paysan s’est vu limiter sa propriété à 5 hectares, la famille royale a été privée de sa nationalité et a été totalement spoliée de ses biens. Sous l’action du communisme, le sang versé, les destructions, les trahisons les ont progressivement affaiblis et transformés en proies faciles à toute tentation. Le communisme a fini par leur rentrer sous la peau, surtout chez ceux qui étaient ambitieux, et à travers eux il s’est propagé comme une épidémie. De nombreux Serbes n’étaient plus des Serbes. Brisés et vaincus, ils en sont arrivés à croire que le communisme ne disparaîtrait jamais. Le régime de Tito a été une monarchie pervertie. Et à la mort de ce césar rouge et non-aligné, le peuple serbe était au paroxysme de sa déroute, plus troublé et plus vulnérable que jamais.

Ses ennemis internes ont alors décidé de l’achever, cette fois-ci derrière le masque d’un patriotisme déformé et vicié. Comme s’il n’y avait pas eu assez de malheurs durant les dernières décennies, le nouveau satrape rouge et son régime à Belgrade les ont envoyés se faire tuer et ridiculiser en défendant la troisième Yougoslavie et le communisme. La ruine des Serbes s’évalue aujourd’hui à des dizaines de milliers de morts, à presque 1 600 000 de réfugiés serbes victimes du nettoyage ethnique, à la perte de leur foyer ancestral, tout cela pour se trouver "satanisés" et désignés du doigt comme une des pires espèces au monde. 500 000 personnes ont émigré de Serbie durant ces dix dernières années. La troisième Yougoslavie, comme les deux précédentes, s’est avérée être le cimetière des Serbes. C’est pour ces raisons que j’ai adressé au peuple une lettre solennelle en lui demandant de nous pardonner, à nous les Karageorgévitch, de les avoir entraînés dans l’aventure yougoslave.

L’Etat serbe est pratiquement détruit. Les sanctions économiques, le bombardement sauvage du pays, l’actuelle chasse au Serbe au Kosovo où 77 églises ont été détruites (dont beaucoup figuraient sur la liste du patrimoine mondial) après la capitulation du régime et l’arrivée de la KFOR, ont totalement ébranlé les consciences et le moral du peuple. Il ne reste aucun espoir de restaurer la situation économique après que 7,5 milliards de DM d’épargne ont été volés aux citoyens et que tous les capitaux ont fui à l’étranger sur les comptes secrets de l’actuelle nomenclature. Les banques sont vides et la planche à billets est l’un des seuls recours du régime, avec le marché noir, les nouvelles taxes, les ventes illicites des biens non dénationalisés et les soi-disant privatisations d’entreprises.

Cependant, bien qu’étant mis au ban des accusés, l’actuel régime de Belgrade est curieusement maintenu en place par la communauté internationale qui pose des conditions : par exemple, que l’opposition soit unie... mais qu’on me cite un modèle d’opposition unie ! Qu’elle adhère au colossal programme d’endettement... invraisemblable! Qu’elle accepte les nombreuses exigences des donateurs futurs, en évitant de se souvenir de l’exemple de la Bosnie-Herzégovine où l’aide pécuniaire a disparu avec l’aide des fonctionnaires de la communauté internationale et, dans une moindre mesure, s’est vue détournée par les gouvernants locaux. Plus de la moitié de 5 milliards de dollars donnés pour la reconstruction de ce pays ravagé par la guerre civile est partie ailleurs ! C’est sans doute le plus grand détournement d’argent actuellement en Europe.

Depuis le mois de juin et la fin des bombardements qui avaient d’ailleurs été, selon la version officielle, entrepris dans le but d’éliminer le dictateur, mais en vain, toute la communauté internationale s’est employée à expliquer que la meilleure façon de le chasser était d’unir l’opposition. On oublie que le peuple entier est opposé à ce régime, mais contraint aujourd’hui à le subir parce qu’il faut survivre coûte que coûte. Il faut se chauffer, manger, nourrir les enfants, héberger les réfugiés... Et voilà que subitement, les Américains changent de tactique : "il faut abolir le régime par des élections libres", tel est le nouveau mot d’ordre. A quoi le régime répond que des élections auront lieu au printemps. Et seulement des municipales! Des élections préparées par la nouvelle loi centralisatrice votée récemment dans le but de priver les municipalités rebelles au régime de toute autonomie dans leur gestion. Des élections programmées donc pour ôter tout espoir de changement.

Les Serbes sont conscients que la position de la "communauté internationale" qui consiste à conditionner l’aide au pays par un changement de régime consécutif à des élections organisées par le régime, représente de fait un soutien objectif des occidentaux à leur dictateur.

Je pense qu’il faut mettre fin à cette hypocrisie envers les Serbes. Cesser d’assister le régime dans son entreprise d’oppression, d’avilissement et de pillage. Le moyen d’arriver au renouveau et à la fin de la crise dans les Balkans est que les Serbes, plus particulièrement ceux qui soutiennent Milosevic par intérêt égoïste, prennent conscience du caractère illégal de son régime. Je m’explique et requiers votre attention.

Le pouvoir d’un Etat ne tient sa légitimité que du peuple. La contrainte est inacceptable lorsqu’elle ne s’appuie pas sur le consentement. Les rapports entre le corps social et les organisations qui le représentent ne peuvent donc se concevoir en dehors d’un cadre contractuel dont l’expression suprême est la Constitution qui définit les modalités d’exercice de l’Etat et de ses pouvoirs constitués.

La République Fédérale de YOUGOSLAVIE (la troisième de ce nom) a été constituée le 27 avril 1992. C’est un Etat constitutionnel. Sa Loi fondamentale comprend une déclaration des droits de l’homme et des libertés reconnues par les lois internationales (art.10 de la Constitution) et garantit le droit des minorités nationales (art.11). Les deux Républiques qui la composent sont définies comme des Etats qui n’ont pas d’autre pouvoir que celui dont les citoyens sont investis (art.6).

Depuis dix ans, le régime de MILOSEVIC ne cesse de mépriser les principes fondamentaux de la YOUGOSLAVIE, d’enfreindre la Loi suprême et de faillir à son obligation constitutionnelle. Le pouvoir qu’il détient du peuple est donc devenu illégitime.

Il a, en premier lieu, rompu l’égalité entre les citoyens édictée par l’article 1 de la Constitution en ne permettant pas aux minorités nationales d’avoir accès aux droits culturels et d’éducation accordés à tous les citoyens. Ainsi a-t-il interdit à la minorité albanaise de la République de SERBIE de jouir d’un enseignement en langue albanaise, les universités de Pristina n’ayant dispensé leurs cours qu’en langue serbe en contradiction avec les dispositions de l’article 46 de la Constitution.

Il a systématiquement violé, en deuxième lieu, les dispositions des articles 21, 22, 25 et 31 en laissant impunément des milices para-militaires illégales massacrer des populations minoritaires en République de SERBIE, détruire leurs domiciles et provoquer des exodes massifs de la majorité des citoyens de la Province du KOSOVO: d’abord les Albanais, puis aujourd’hui les Serbes.

En troisième lieu, il a constamment violé et viole encore l’article 30 de la Constitution qui garantit la liberté de mouvement et de résidence des citoyens en parquant les réfugiés serbes des ex-Républiques de YOUGOSLAVIE et de la Province du KOSOVO dans des camps, avec interdiction d’accès aux grandes villes et plus particulièrement à BELGRADE.

En ce qui concerne la liberté de la presse, une fois de plus nous pouvons constater que le régime de Milosevic fait fi de la Constitution qui garantit la liberté de presse et de parole par ses articles 36 et suivants, plus particulièrement l’article 38 stipulant que la censure de la presse et des autres moyens d’information publique est prohibée.

Il est à noter que l’article 42, alinéa 2, indique que la création de sociétés secrètes et de groupes paramilitaires est interdite. Donc l’utilisation de milices paramilitaires par le régime, ces dix dernières années, est encore une infraction à la Constitution.

Il a enfin, par sa politique désastreuse, contrevenu gravement aux dispositions de l’article 3 en se trouvant dans l’impossibilité par son entêtement de garantir l’inviolabilité des frontières de l’Etat sous l’effet de la contrainte d’une organisation militaire étrangère qui occupe aujourd’hui une partie importante du territoire national.

Il est à observer qu’en ce qui concerne la spoliation de l’épargne, l’article 69 assure l’inviolabilité de la Propriété, aussi bien immobilière que mobilière. Il en va de même de l’article 10 qui, sur les garanties fondamentales des droits de l’homme et des libertés, implique nécessairement l’illégalité de toute action entreprise en vue de restreindre la liberté économique des citoyens et impose à l’Etat l’obligation de protéger leurs droits. Un Etat qui se comporte lui-même comme un gangster, volant l’épargne de ses citoyens, manque donc inévitablement à son devoir de protection.

Le régime de MILOSEVIC n’a pas, de la sorte, tenu ses engagements envers le peuple et a rompu le Contrat Social qui lui conférait sa seule légitimité. En bafouant les principes fondamentaux de l’Etat, notamment les droits de l’homme et les libertés fondamentales reconnues par les lois internationales et l’intégrité du territoire, il s’est mis hors la loi. Désormais, ce régime n’a plus d’existence légale. Sa permanence résulte uniquement de la force criminelle qui ne saurait lui accorder un quelconque titre institutionnel.

Peut-on sérieusement prétendre qu’un tel régime est susceptible d’organiser des élections démocratiques et légales ? 

J’affirme que non. Par ailleurs, il est peu vraisemblable qu’une partie de l’opposition puisse former un gouvernement provisoire crédible, susceptible de représenter tous les Serbes et de négocier en leur nom. En effet, sans l’Eglise orthodoxe serbe, sans l’armée et sans l’ensemble des partis politiques, aucune représentation (quel que soit son nom) n’aura l’assise populaire nécessaire pour incarner la Nation.

C’est pourquoi, en tant que descendant de Karageorge et fils du Régent Paul, je ressens aujourd’hui comme un devoir de contribuer au renouveau d’une Serbie libérée du yougoslavisme, démocratique, moderne, européenne. Je demande à tous les Serbes de bonne volonté qui veulent le bien de notre patrie de se joindre à moi et de devenir mes compagnons dans la reconquête de la dignité de notre nation et de notre Etat. J’invite donc solennellement les Serbes du pays et de la diaspora à prendre acte du fait que le régime de Milosevic est illégitime et qu’il n’existe plus d’état de Droit dans notre pays.

Cette initiative ne me paraît pas concevable en dehors de la politique de l’Europe, car la plaie des Balkans est aussi la sienne. Ne serait-il pas logique qu’une telle action soit soutenue par les instances européennes ; elles doivent se montrer capable de résoudre cette crise qui déstabilise la politique étrangère et de défense de l’Union, la faisant dépendre de volontés peu enclines à voir aboutir la grande idée européenne. J’aimerais penser que ma proposition est aussi conforme à la stratégie et aux ambitions de l’Union Européenne en ce qui concerne la reconstruction et la stabilité des Balkans.

J’ai une foi tranquille et sereine dans la réussite de notre entreprise qui verra inévitablement les murs que Milosevic a construit entre et autour des Serbes, s’effondrer comme fit il y a dix ans le Mur de Berlin.

Aujourd’hui est une date symbolique. Saisissons l’occasion pour fermer cette parenthèse de quatre-vingts ans qui a vu les Balkans se définir comme un "ventre mou" sans vocation européenne et devenir une menace pour la stabilité et la paix de tout le continent.

Au siècle prochain, qui commence demain, la marche vers l’union de notre Continent ne doit plus s’enliser dans les Balkans.

Il faut donc libérer la Serbie pour ouvrir le pont qui rendra possible l’accès à la coopération et les échanges entre tous les états de la région, qui garantira en même temps la paix et la confiance et ouvrira à son tour la voie de l’adhésion à l’Union Européenne.

© Cabinet Civil de S.A.R. le Prince Alexandre de Yougoslavie

LE DEVENIR DES SERBES APRES LES TROIS YOUGOSLAVIES

Discours prononcé par SAR le Prince Alexandre de Yougoslavie à la Maison de l’Europe de Paris le 1er décembre 1999, lors de la soirée organisée sous la présidence de Monsieur Michel Junot

Editorial
SAR Le Prince Alexandre KARAGEORGEVITCH
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