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SAR PRINCE ALEXANDRE KARAGEORGEVITCH
Lettre ouverte à Lord Russel
Johnston
Président de l'Assemblée Parlementaire du Conseil
de l'Europe
Paris, le 2 février 2001
Monsieur le
Président,
L'intérêt
premier de la Yougoslavie et de l'Europe me dicte aujourd'hui cette
lettre relative à la mission de Madame Carla Del Ponte, Présidente
du Tribunal Pénal International, auprès des dirigeants
de Belgrade.
J'ai
en effet été vivement frappé par vos déclarations
teintées d'un net sentiment de "déception" après
l'entretien à caractère juridique que lui a accordé
le Président Kostunica. J'ai attribué cette attitude
à un manque de compréhension directe des réalité
serbes de " l'après guerre " - car enfin, il faudrait se
mettre un peu " à leur place "! - et peut-être plus
malencontreusement à un certain oubli des principes généraux
fondateurs du Droit international.
Quelles
sont aujourd'hui les exigences du TPI et de Mme Del Ponte? Commençons
par l'extradition pure et simple vers les Pays Bas de Slobodan Milosevic:
sur ce point précis pouvez-vous me citer un seul pays au
monde qui accepte d'extrader ses propres ressortissants, à
commencer par l'Amérique trésorier payeur du TPI?
Mme
Del Ponte représente à l'évidence des intérêts
géopolitiques qui la dépassent très largement!
Elle a par ailleurs proposé de contourner la difficulté
par un tour de passe-passe sémantique: désormais l'extradition
se nommerait transfert et le tour serait joué!
Mme Del Ponte, qui est censée représenter la légalité
dans toute son expression, ne tient évidemment pas compte
de la Constitution serbe qui interdit l'extradition de l'ancien
dictateuren tant que citoyen serbe.
Cela
pourrait bien sûr devenir éventuellement possible,
mais en aboutissement d'un long processus de révision constitutionnelle.
Ce qui demanderait du temps, et Mme Del Ponte est pressée,
convaincue qu'elle est que la juridiction pénale internationale
s'impose de facto à la volonté souveraine des peuples.
Or,
le President François Mitterrand nous a légué
une formule applicable à ce cas précis: " Il faut
laisser du temps au temps ". Est-il nécessaire de rappeler
que la Yougoslavie vient de vivre une tragédie inouïe
au cours ces dix dernières années et que l'urgence
absolue est à la reconstruction et non à liquidation
des comptes qui
n'est
somme toute pas à un jour près... Les Européens
doivent comprendre les Serbes et faire l'effort de se mettre un
instant à leur place...
La
Serbie vient tout juste de se doter d'un gouvernement issu démocratiquement
des urnes. Milosevic sera de toutes façons jugé, c'est
une certitude. Pour l'immédiat, une chose est sûre:
la Serbie n'a pas encore atteint ce degré de stabilité
et de sérénité qui lui permettront d'apurer
lucidement son passif, d'abord avec elle-même, ensuite et
peut-être avec une communauté internationale dont certains
membres devraient eux aussi apprendre à balayer devant leur
porte.
Car
pour justifier l'intervention armée contre la Fédération
yougoslave, trop de mensonges ont été répandus,
destinés à alimenter la propagande de la machine de
guerre. Si la vérité doit être faite, c'est
toute la vérité et non une partie qu'il faut dévoiler.
Les crimes des "vaincus" doivent se juger à l'aune des crimes
des vainqueurs: les bombardements contre nos centrales électriques
avec des bombes au graphite appartiennent à la catégories
des crimes de guerre en ce qu'ils visaient des objectifs civils
explicitement prohibés par les conventions internationales
et le droit de la guerre... Cela nul ne paraît s'en souvenir!
Que
dire également de l'échec programmé des négociations
de paix à Rambouillet et du conditionnement éhonté
des opinions occidentales en grossissant jusqu'à la démesure
des actes criminels perpétrés au Kosovo et attribués
aux seuls Serbes. Personne n'ignore plus maintenant que l'UCK doit
assumer ses propres responsabilités dans l' enlèvement
et le meurtre de très nombreux Albanais, ce qui a accru la
déchirure intercommunautaire et favorisé la montée
en puissance de la crise. En Août 99, M. Kouchner brandissait
le chiffre de 100 000 morts. Le TPI, tous morts confondus, Serbes
et Albanais, le ramenait aussitôt à la raison et avançait
le chiffre de 10 000. Chiffre jamais atteint par les enquêteurs.
Aujourd'hui les statistiques sont étonnamment muettes et
les charniers spectaculaires qui devaient justifier a posteriori
deux mois de guerre aérienne restent encore à découvrir.
S'ils ont jamais existé...!
Ainsi
les fauteurs de guerre, ceux qui ont sciemment menti aux peuples
occidentaux dont ils ont trahi la confiance en déclenchant
des hostilités contre un ancien allié, au mépris
de toute procédure démocratique, sans vote des parlements
et encore moins de consultation populaire, tous, chefs de gouvernements
et autres, devraient être eux aussi appelés, en toute
justice, à répondre de leurs actes délétères.
J'ajouterai
qu'en dévoyant l'Alliance défensive qu'est l'Otan
pour en faire un outil d'agression, les démocraties occidentales,
sous couvert d'un prétendu droit d'ingérence humanitaire,
se sont laissées entraîner, quelques unes malgré
elles, à la destruction systématique et gratuite de
l'économie yougoslave. Elles ont de plus, autre élément
à charge, provoqué l'exode de 250 000 Serbes du Kosovo
venus rejoindre leurs 800 000 compatriotes chassés de Croatie
et de Bosnie. Une "épuration ethnique" doit-elle en justifier
une autre et sans aucun espoir de retour cette fois... 40% de Serbes
sont aujourd'hui sans emploi et pour ceux qui connaissent le bonheur
du travail, le revenu moyen est de 272 F par mois! Ce sont des faits
et non un délire idéologique! C'est ce désastre
qui a été délibérément voulu,
planifié et ce depuis des années, par ceux-là
même qui s'arrogent urbi et orbi le monopole des droits de
l'Homme et veulent ajouter de l'humiliation à l'humiliation
en jugeant le peuple serbe au travers des fautes de chefs indignes!
Parce
qu'il est évident que par le truchement du symbole d'un pouvoir
déchu - M. Milosevic - c'est tout le peuple serbe qui passera
sous les fourches caudines de la justice internationale. En Yougoslavie
tous en sont conscients, à commencer par ceux qui ont rejeté
le régime honni avec le plus de vigueur. Et sans doute faut-il
craindre l'émergence ici d'une nouvelle pratique étrangère
à nos coutumes juridiques, avec cette idée de " responsabilité
collective ". Celle-ci n'est pas encore mentionnée tout à
fait explicitement mais elle s'inscrit déjà dans les
faits: la punition infligée à la Serbie a été
la sanction collective de son refus d'abandonner le Kosovo et de
ne pas avoir renoncé assez vite à sa souveraineté
territoriale...
Quant
à Milosevic, avant que d'être jugé pour des
crimes dont la responsabilité ne pourra lui être définitivement
attribuée qu'à l'issue d'un procès impartial
- là se pose avec acuité la question des droits de
la défense devant le TPI: de la capacité de l'accusé
à produire témoins et éléments à
décharge dans le cadre d'une procédure accusatoire
sur le modèle anglo-saxon, c'est-à-dire sans instruction
préalable; entre l'individu seul et l'extraordinaire machine
judiciaire qu'est le TPI, les moyens financiers et humains d'investigation,
de probation, sont sans commune mesure, et que dire de l'extraordinaire
perversion judiciaire consistant à faire rétribuer
la défense par le TPI lui-même? - Milosevic doit d'abord
répondre devant les Serbes de la trahison de son mandat à
la tête de l'État yougoslave et des crimes publics
ou privés qui ont ensanglanté notre pays tout en nous
conduisant à la débâcle actuelle.
Par
conséquent, il ne s'agit plus de modifier notre constitution
pour se soumettre à un diktat américain relayé
par le TPI, mais de remettre notre justice sur les rails de la démocratie.
Le système judiciaire yougoslave n'a pas changé entre
Tito et Milosevic. Il a donc besoin d'un sérieux dépoussiérage
si l'on veut que toute la lumière soit faite sur les événements
criminels de notre passé récent. Là encore
" il faut laisser du temps au temps ". Toute précipitation
serait singulièrement contreproductive pour ne pas dire nuisible
à la manifestation de la vérité. Et soyez persuadé
que les Serbes, comme toutes les autres victimes, sont altérés
de vérité. Mais chaque chose en son temps. Et surtout,
acceptons de nous mettre à leur place!...
Je
vous dirai enfin ma gêne à l'encontre du principe même
du TPI en sa forme actuelle. Je soulignais plus haut que son principal
bailleur de fonds n'est autre que le gouvernement américain,
lequel a conduit la coalition dans la guerre. Je pose la question:
sans préjuger de l'indépendance supposée des
magistrats qui composent le TPI, les décisions de cette juridiction
ne risquent-elles pas d'être de facto entachée d'un
soupçon de partialité, dès lors que les " vainqueurs
" s'arrogent le droit de juger les "vaincus " ?
Comprenons-nous
bien, il n'est pas question de conduire une bataille d'arrière
garde, mais bien d'assurer aux accusés les conditions rigoureuses
d'équité qui seules légitiment la justice démocratique
dans son exercice souverain. A défaut le jugement "des vaincus"
par le vainqueur n'apparaîtrait in fine que comme une régression
archaïque. Tout comme la dérive vers cette notion exorbitante
du droit moderne que constitue une quelconque "responsabilité
collective " dans le cas de la Serbie.
Le
droit participe essentiellement de notre civilisation, gardons-nous
donc des dérives funestes. Le droit du vainqueur ayant force
de loi deviendrait alors une voie détournée permettant
de poursuivre la guerre hors de l'état de belligérance.
Bien entendu par des moyens moins polluants que les armes à
uranium appauvri...
Pour
toutes ces raisons et d'autres encore, je crois prématuré,
sinon inopportun, de traîner Milosevic devant la juridiction
de La Haye, sa condamnation probable sinon certaine - il est clair
que sa culpabilité étant acquise a priori, il se trouve
déjà condamné avant jugement - ne servirait
pas spécialement la cause de la paix et le retour à
un équilibre durable dans les Balkans.
Des
crimes ont été commis. Leurs auteurs et leurs complices
seront jugés! Pour l'heure, le Droit international reconnu
et accepté par tous n'autorise certes pas que soit agitée
la menace d'un chantage à l'aide internationale pour la reconstruction
de la Yougoslavie pour le cas où la coopération avec
le TPI ne serait pas jugée comme suffisamment étroite
au goût de Mme Carla Del Ponte. Pour l'heure aussi, la coalition
qui s'etait constituée lors de la guerre menée contre
la Yougoslavie devrait procéder à un réexamen
lucide et sans concessions de ses responsabilités et des
crimes collatéraux qui ont jalonné les opérations
aériennes contre la Serbie. Le TPI est une arme à
double tranchant. Chacun devrait s'en souvenir ou en prendre conscience.
De même qu'il n'y a pas de bonnes et de mauvaises victimes,
les crimes de certains ne légitiment pas ceux des autres,
même commis au nom de la morale et du droit humain...
NOTE
Français
d'adoption, plébiscité par les militaires yougoslaves
lors d'un récent séjour à Belgrade, le Prince
Alexandre de Yougoslavie n'exclut pas à terme pour la Serbie
une restauration monarchique...
Né
le 13 Août 1924 à Londres, le Prince Alexandre Karageorgevitch
descend en ligne directe du fondateur de la dernière dynastie
serbe fondée en 1808 par Karageorges. Sa mère, la
Princesse Olga de Grèce, est une Romanoff, fille de la grande
duchesse Hélène, petite fille du Tsar Alexandre II
victime d'un attentat nihiliste en 1881. Son père Paul est
le neveu de Pierre Ièr, mort en 1921 et dont le successeur,
son fils Alexandre, est assassiné à Marseille le 9
Octobre 1934. Devenu régent du royaume, le Prince Paul est
renversé par un pronunciamiento militaire le 27 Mars 1941,
à l'instigation de Londres. Les officiers félons hissent
sur le trône un adolescent de 17 ans qui va régner
dix jours. Les Anglais ne voulaient à aucun prix d'une neutralité
serbe qui aurait tenu le royaume à l'écart du conflit
avec le IIIème Reich. La real politik de la Grande Bretagne
sacrifie alors la Serbie. Le 6 Avril, le Chancelier Hitler fait
bombarder Belgrade. On relèvera 20 000 morts. Pour accomplir
sa montée au sommet, Tito obtient de Churchill l'abdication
du petit roi exilé à Londres. Dès lors, plus
rien ne peut contrarier la vague communiste qui déferle sur
l'Europe de l'Est. Le socialisme de guerre froide va perdurer en
Yougoslavie jusqu'à la chute de Milosévic, le 5 Octobre
dernier.
Cabinet
civil de Son Altesse Royale Le Prince Alexandre de Yougoslavie
Directeur
Tél/Fax: 01 42 08 78 06
cabinetcivil@douklia.net
web: http://www.royaumeserbe.net
Paris
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