SAR Le Prince Alexandre KARAGEORGEVITCH
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Entretien de S.A.R. Alexandre Karageorgevitch,

accordé à « Nezavisne novine »

Banjaluka, 26 juillet 1999


Votre Altesse Royale, vous vous êtes adressée récemment aux Serbes en les priant de pardonner au roi Alexandre I et à la famille Karageorgevitch leur participation dans la création de la Yougoslavie. Qui, à part le roi Alexandre, est responsable de la création du Royaume de Yougoslavie et quels étaient les motifs qui vous ont poussés à vous adresser au peuple serbe ?

Avant toute chose je voudrais vous remercier, vous et votre journal de notre plus jeune pays serbe, de ma chère Republika srpska. Votre résistance héroïque, qui a duré plusieurs années, et vos souffrances sont une grande fierté et une inspiration pour tous les Serbes, indépendamment de l'endroit où ils vivent. L'établissement de la frontière sur la Drina a suscité chez moi une douleur atroce et la division qui a mis en question la survie de cet état tant désiré une grande inquiétude. Etant leur plus jeune Etat, la Republika srpska devrait être le plus grand souci des Serbes.

Il est humain et chrétien que j'agisse moi-même comme je voudrais que les autres agissent avec moi. Nous avons souffert terriblement. Je suis tous les événements avec une grande attention et je vois qu'il existe une volonté, un désir dans le peuple, qu'une issue à cette situation difficile soit rapidement trouvée. Qu'en recourant à notre expérience, nous sauvions notre honneur et que notre âme continue à vivre.

J'ai prié nos frères et surs de pardonner au roi Alexandre et à nous, Karageorgevitch, car je sais quenombreux sont ceux qui jettent la culpabilité de la création de la Yougoslavie sur le roi Alexandre I et plus encore, sur la famille royale. Je voudrais que vous me compreniez bien : il est clair aujourd'hui, et il faudrait l'expliquer à tous les Serbes, que la Yougoslavie, cette idée, ce nom, sont un véritable désastre pour les Serbes. Il est plus facile de chasser du pouvoir cette équipe politique de perdants que de trouver la façon dont les Serbes renonceraient à l'horreur du yougoslavisme. Or, cette idée a germé à la cour impériale d'Autriche. Elle a été forgée pour servir l'expansion de l'influence autrichienne sur les Balkans et ailleurs. Le mouvement illyrien, surtout le rôle de Kopitar, puis celui que Danitchich a joué dans l'adhésion des Croates à la langue serbe, pour ne pas énumérer tout ce que les Serbes lettrés savent déjà, la politique du Prince Michel Obrenovitch, du rois Milan Obrenovich, l'apparition du mouvement des radicaux, surtout du socialisme en Serbie et chez nos voisins - la liste est longue-, ont fait que même les Serbes les plus intelligents du début du siècle, comme, par exemple, Jovan Skerlic, ont adhéré au yougoslavisme. Même le grand poète serbe Jovan Ducic était au début d'obédience yougoslave, avant d'écrire, au soir de sa vie, son excellent livre « Je crois en Dieu et la Serbie : les questions délicates du Royaume de Yougoslavie ». Notre plus grand génie poétique, Pierre II Petrovitch Niégosh, fut enchanté un bref instant par cette idée, mais, selon les témoignages de Mathias Ban, il révéla ensuite une vision prophétique de l'issu et du destin du pays des Slaves du sud: Il était persuadé que tout cela n'apporterait que la honte aux meneurs et malheur au peuple.

Qu'est-ce qui m'a poussé à m'exprimer sur la Yougoslavie ? Le fait qu'avec la Yougoslavie nous nous tenons au bord même d'un précipice béant. Nous sommes en ce moment devant un gouffre où règnent le défaitisme et le vide. On nous trompait et mentait sciemment pendant qu'on nous menait avec préméditation vers la mort et la ruine. On nous bernait durant tout ce temps, plus d'un demi-siècle, afin de nous empêcher de voir où on allait. Mais, comme je l'ai déjà dit, grâce à Dieu, le nihilisme n'a pas gagné. Je sais que notre peuple a la volonté de sortir de cette impasse.

La première chose à faire - si on ne veut pas rester sur ce chemin ruineux - est de rejeter la Yougoslavie et de reprendre à nouveau notre ancien, glorieux et beau nom - Serbie. Même avec les changements démocratiques en Serbie, qui sont indispensables, les Serbes ne connaîtront pas le progrès s'ils restent « Yougoslaves ». Même si demain on leur disait par un miracle quelconque : vous pouvez entrer en Europe tels quels, même là ils se sentiraient comme revêtus de l' habit d'un défunt.

Il n'est pas indispensable de détailler l'affaire. Si c'était la Serbie au lieu de la Yougoslavie, je suis certain qu'elle aurait réagi différemment par rapport à la Republika srpska. Rappelez-vous comment la « Yougoslavie » a réagi lorsque la Republika srpska a supplié désespérément l'Assemblée nationale à Belgrade de voter la réunion. Alors même qu'elle n'abritait plus d'autres Slaves du sud, que les Serbes, la Yougoslavie a continué à détruire les Serbes et tout ce qu'ils ont gagné au prix du sang et des souffrances au cours de ces deux derniers siècles.

Pour cette raison, j'ai fait une déclaration sur la Yougoslavie et je vous dis tout de suite qu'il nous faut annoncer immédiatement qu'elle est indésirable en Serbie-même, aussi bien que dans les autres pays serbes. J'ai demandé pardon, parce que je veux que nous tous montrions aujourd'hui que nous sommes un peuple mûr, capable de pardonner. Je veux que tout le monde comprenne que nous avons cette force morale et qu'en reconnaissant notre faute nous nous pardonnions les uns aux autres. Que nous avons la force de devenir un peuple nouveau, des Serbes tels que les appelle de ses vux notre patriarche Monseigneur Paul.

Comment voyez-vous la résistance du peuple serbe pendant l'agression de l'OTAN et comment commentez-vous la décision du pouvoir à Belgrade de retirer l'armée et la police du Kosovo - Métochie, pays sacré des serbes ?

En sanscrit notre ancien nom (« Sarabie ») signifie insoumis. Les Serbes ont montré encore une fois leur amour pour la liberté. L'apparition de l'humour a attiré particulièrement mon attention. Une apparition spontanée et imprévisible. Les graffitis, jeux de mots, plaisanteries, toutes ces formes que le pouvoir ne peut pas imposer par décret. Pour moi, c'est la preuve d'une bonne santé.

On nous a attaqué parce qu'on croyait que les Serbes avaient été ramollis par un demi-siècle de lavage de cerveaux, par un demi-siècle de destruction de nos racines, toutes opérations préparatoires faites par les « nôtres », ceux qui se désignent par « nous ». Le monde et ceux qui oeuvrent à notre ruine ont été surpris par l'humour serbe. Comme si on s'était trouvé tout d'un coup dans l'Iliade d'Homère. L'humour contre les ténèbres, contre la force brute, contre le bâton de l'OTAN. L'humour contre la machine de guerre bureaucratique. C'est quelque chose d'admirable : l'esprit contre la mécanique. Les Serbes ont montré au monde, à travers leurs blagues à quel point la bonne humeur est importante et invincible.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que la bonne humeur est dans le camp de ceux qui savent qu'ils vivront éternellement. Parce que notre foi est une optimiste et joyeuse croyance en la résurrection. C'est quelque chose de profond, d'éternel. Cela permet de vaincre la platitude de la pensée unique. Ce vent spirituel qui se levait en Serbie a effrayé tous ceux qui se présentaient à l'étranger comme détenteurs de la recette du bonheur, les stratèges de la « démocratie » supersonique. Les âmes faibles furent consternées par ce débordement de bonne santé, d'une énergie qui n'était autre chose que la célébration de la vie et du bonheur de vivre. Un peuple qui sait plaisanter dans des circonstances aussi difficiles, qui est si intelligent, personne ne peut le vaincre, car il est du côté de la vie, il déborde de vie. Il est depuis longtemps établi que le rire guérit, que c'est un baume, qu'il bloque les tendances innées à faire le mal.

Le problème est qu'on est obligé de se battre à la fois contre les puissants étrangers et locaux. Dans la plupart des pays qui ont participé aux bombardements de la Serbie, dans cette promotion de l'OTAN, le pouvoir est occupé par les socialistes. Comme chez nous. C'est un fait. Pourtant, ce sont des étrangers, et vous avez vu qu'il n'étaient pas très calés dans ces besognes inhumaines, ils ne s'en seraient pas sortis si le régime de Belgrade ne les avait pas aidé.

Jamais, comme dans ce dernier demi-siècle, les Serbes n'ont mené d'aussi stupides guerres. La même tactique depuis le début : un pas en avant, deux pas en arrière. Celui qui recourt à cette tactique, non pas dans un jeu mais dans des affaires sérieuses où on décide de l'avenir d'un peuple, ne peut être que stupide ou cynique. S'il n'est pas stupide, cela veut dire qu'il a tout fait avec préméditation, en collaboration avec les agresseurs. Pour moi, c'est une question cardinale à l'aune de laquelle sera jugé dans l'avenir le mal que le régime des nihilistes a fait en Serbie.

Je suis particulièrement blessé par leur rapport envers l'armée serbe. Jeune homme, je portais l'uniforme serbe, j'en ai gardé des photographies. Je me suis battu, plus tard, contre les nazis comme pilote volontaire dans la RAF. Je sais très bien ce que sont l'armée et le soldat, surtout le soldat serbe, et l'honneur que cela représente. L'armée serbe est pour nous quelque chose de sacré. J'ai l'impression que les "nôtres", les nihilistes locaux, l'ont compris depuis longtemps et qu'ils ont tout fait pour se moquer et bafouer notre glorieuse tradition militaire.

Depuis le début du conflit en ex-Yougoslavie le régime a tout fait pour ridiculiser l'armée. Ce ne peut pas être le fruit du hasard. Il en existe des milliers d'exemples. Ils ordonnent l'attaque pour - après avoir perdu des hommes et des hommes et occupé la position, la mission ayant été accomplie - commander le retrait ! C'est le produit d'un esprit cynique. Cela ne s'est jamais vu. C'est le comportement d'un esprit anachronique, doctrinaire, de quelqu'un qui a entrepris de se moquer de tout, de tout réduire à néant : le courage, les actions chevaleresques, l'art de commander une armée - tout ! J'ai été d'autant plus blessé que je descends de Karageorge, qui était un grand commandant.

Aujourd'hui, au Kosovo - Métochie, se répète la même histoire ! « Nous nous défendrons, nous ne le donnerons pas » - puis, d'un coup, on se retire. « On a compris qu'ils voulaient nous anéantir », disent-ils ! Depuis quand un envahisseur décidé à vaincre n'a-t-il pas l'intention d'anéantir ? A-t-on déjà vu qu'il souhaite seulement des escarmouches, comme cela, pour plaisanter, qu'il ne souhaite pas en effet envahir la Serbie, mais bien y faire une promenade touristique en mangeant une glace ? Tout le monde sait ce qui s'est passé pendant la Grande Guerre, pour ne pas parler des précédentes : le malheur, l'occupation, la traversé de l'Albanie qui fut un véritable carnage, mais en même temps la foi ferme, l'objectif clair et la réalisation de cet objectif. On savait qui défendait la Serbie, quels officiers et quels soldats. Depuis quand la défense de la Serbie est-elle livrée à des formations dites paramilitaires ? Après c'est sur l'armée serbe que tombe l'opprobre pour les massacres et le reste. Ce maudit régime a fait tout ce qu'il pouvait pour dénigrer l'armée serbe.

J'ai lu de nombreux articles dans la presse américaine. Leurs experts militaires n'arrivent pas encore à comprendre pourquoi l'homme qui décide tout seul de l'avenir serbe a signé la capitulation. Aucun Serbe ne peut comprendre pourquoi il a permis que le Kosovo - Métochie se vide des Serbes, pourquoi il n'a pas mis des sentinelles autour des monastères et des endroits où vivent les Serbes, pourquoi il a ordonné le retrait de l'armée en laissant notre peuple dans le malheur, tout seul, sans protection devant la haine de leur voisin d'hier. Pourquoi il a commencé la guerre s'il ne savait que faire et comment. Pourquoi il n'a pas écouté les cris, ne serait-ce qu'en partie seulement, de l'évêque Artemije ! Personne ne peut le comprendre s'il n'analyse pas en profondeur la nature de ce régime qui, depuis plus d'un demi-siècle, exerce sa violence sur notre peuple.

Le fait que le Kosovo - Métochie soit la terre sacrée des Serbes n'était qu'une raison de plus pour qu'ils nous assènent ce coup mortel. Tout ce qu'ils ont fait se résume à un seul mot : une mascarade. Maintenant cela suffit ! Le joug, est fait pour les bufs, pas pour les hommes, disait le poète Alexa Santic.

Dans une déclaration vous avez dit que deux idéologies menacent la Serbie d'aujourd'hui : le communisme et le mondialisme. Sur la scène politique serbe un grand nombre de partis gravitent autour de l'un ou l'autre de ces deux pôles. Voyez-vous un troisième chemin qui permettrait à la Serbie de sortir de cette situation, peut-être la plus délicate de toute son histoire ?

Le communisme et le mondialisme sont une et même chose. Si vous réfléchissez bien, il s'avère que les communistes étaient les précurseurs des mondialistes d'aujourd'hui. Ce qui s'est produit au Kosovo - Métochie ne ressemble-t-il pas trop à l'uvre du Kominterne, qui n'a fait que changer de nom pour qu'on la reconnaisse pas ? Le socialisme est en vogue à l'Occident. Tout le monde a compris qu'aujourd'hui, après la fin de l'URSS et tout ce que cette décennie nous a apporté, la croyance au « prolétariat » comme science et peuple élu, la croyance en ce dieu nihiliste est impossible. Le « marxisme » a fait faillite ! Ceux qui n'ont pas su se débrouiller dans cette nouvelle situation continuent à pleurer « le royaume de la justice sociale, l'internationale communiste » et autres « idéaux ». A présent, les gauchistes attendent dans la file pour entrer dans les cercles des mondialistes. Qu'il s'agit de la même nature, d'une seule et non pas de deux idéologies, témoigne le fait que la gauche cherche aujourd'hui un nouveau « peuple élu », apte à remplacer « le prolétariat ».

C'est pour cette raison qu'ils soutiennent les séparatistes, les minorités nationales, les homosexuels, les immigrés clandestins, créent un véritable culte des « réfugiés », font la publicité pour l'homme sans racines Ils voudraient continuer avec leur manichéisme, avec leur « religion » dualiste insensée, mais en l'offrant sous un nouvel emballage.

Nous avons payé lourdement les taxes sur cette route de l'homme européen, qui mène à son autodestruction. Pour cette raison, il nous faut changer le système politique et restaurer la monarchie.

J'y reviendrai plus loin. Je ne crois pas qu'il faille inventer un troisième chemin. Il n'en existe qu'un. Il ne faut pas croire qu'on parviendra à notre but uniquement en éliminant tous nos adversaires politiques. Au contraire, je crois que les gens doivent s'assembler et fonder des partis autant qu'ils le désirent. Un système démocratique développé contribue à l'évolution d'une société, la différence est utile et nous devons la respecter. Dans une société ouverte, qui respecte le droit à la parole libre et à l'association des personnes, on aboutit à une compétition saine entre différentes idées sur le fonctionnement de l'état et de l'utilité publique. Par conséquent, il est tout à fait logique que toutes les opinions, depuis la gauche jusqu'à la droite, soient représentées. Il faut néanmoins qu'il y ait un modérateur, un intermédiaire, ce qu'on appelle le garant de l'unité nationale.

Il ne faut nullement penser ni croire qu'un parti, ou la coalition de certains partis, serait en mesure d'éviter les divisions et de réaliser une unité indispensable. Depuis ces derniers événements, depuis l'arrêt des bombardements jusqu'à aujourd'hui, j'ai été particulièrement heureux d'apprendre l'attitude des habitants de Valjevo, qui ont dit qu'ils ne faisaient plus confiance ni au gouvernement ni à l'opposition. Voyez-vous, ils ne disent pas qu'il faille créer un nouveau parti. Pourtant, ils ressentent le besoin d'un changement profond. Cela est encourageant, car un difficile travail de reconstruction de l'état et de restauration de la confiance en la justice attend le peuple serbe. Ce ne sera pas réalisé si l'on continue avec cette violence dans le combat politique.

En tout cas, il faut être pragmatique et oublier l'utopie autogestionnaire qui servait à tromper le peuple par une fallacieuse participation dans le gouvernement du pays. C'est un non-sens qui convenait à ceux qui étaient éblouis par le pouvoir et qui considéraient que le pouvoir était le but en soi. Il faut qu'à nouveau soit réaffirmé notre codex ancestral : non pas régner, mais servir le peuple. Comme Karageorge l'a dit devant le peuple et ses dignitaires à Orasac : « Toujours avec, jamais au-dessus du peuple».

Dans la Serbie future, l'Eglise Orthodoxe Serbe doit avoir la place que le peuple lui reconnaît. Et pas seulement notre peuple car aujourd'hui tous les analystes étrangers reconnaissent que l'EOS est le principal acteur, le plus crédible, et qu'il jouera le tout premier rôle dans la solution de la plus grave crise dans notre histoire. Seulement, il ne faut surtout pas prendre l'EOS pour un parti politique et notre patriarche Monseigneur Paul pour un leader politique ! De nombreux hommes politiques continuent à se fourvoyer sur cette question. Ils expriment ainsi leur méconnaissance de l'héritage spirituel que nous a légué St. Sava.

Vous avez passé votre vie en émigration. Votre père, le Prince Paul Karageorgevitch, fut, après le coup d'état de Simovitch, interné pour avoir participé à la signature du Pacte. Qu'est-ce qui a poussé votre père à approuver la ratification de ce pacte et quel aurait été le destin des Serbes s'ils l'avaient respecté ?

D'abord, je ne crois pas qu'ils auraient vécu un tel holocauste. Je dois pourtant vous expliquer quelques faits. Mon cher père, le Prince Paul, connaissait admirablement la vie politique dans l' Europe de son temps. Il a vécu la Grande Guerre, il a vu quel prix en vies humaines avait payé le peuple serbe pour sa victoire. Il a vu quel séisme était la guerre. Il aimait son peuple et le respectait. Par ailleurs, il était un homme d'honneur. Il s'était juré de remettre au roi Pierre II le pays dans l'état où le roi Alexandre l'avait laissé. Il faut bien comprendre ce que signifie la parole d'un Prince. Nous devons toujours nous poser la question de savoir ce qui est plus important : les vies de nos frères et surs, la survie de l'état, ou une aveugle fuite en avant.

J'apprécie le courage personnel. Mon grand-père Arsène a participé à neuf guerres et douze duels; mais celui qui gouverne le destin des Serbes doit toujours se poser la question du primordial.

Nous pouvons obtenir la réponse à votre question en énumérant ce qui ne serait pas arrivé.

Je ne crois pas que les communistes aurait réussi leur coup d'état et je ne crois pas qu'après la Deuxième guerre mondiale le système politique aurait changé. Il n'y aurait pas eu de « pacte » Broz - Shoubashitch le 1. décembre 1944. Il ne serait pas arrivé que, le 29. janvier 1945 le roi Pierre II abdique et lègue son pouvoir aux régents Srdjan Budisavljevic, Ante Mandic et Dusan Sernec. On n'aurait pas eu des pertes en hommes, on n'aurait pas continué après la guerre avec les assassinats des Serbes, il n'y aurait pas eu de goulag sur l'île de Goli Otok, pas d'absolutisme d'un seul homme et d'une seule oligarchie, et pour dire le plus important, on n'aurait pas foncé, aujourd'hui, à la fin du siècle, dans une nouvelle tragédie, dans un nouveau carnage et une nouvelle incertitude.

Je n'aime pas réfléchir d'une façon hypothétique, « si on avait fait ceci ou cela » ou comme dit une histoire de gâteaux : « Si on avait du beurre, bien qu' on n'ait pas non plus de farine, ce qu'on ferait un bon gâteau ! A quoi le fils cadet rétorque : je prendrais le plus gros morceau. A ces mots le père lui donne une giffle en s'exclamant : Dis donc, qui commande ici, toi ou moi ? ! »

Par ailleurs, l'histoire sur le rôle du Prince Paul est en grande partie le produit de la propagande des communistes et de leur désir de souiller le nom de la dynastie Karageorgevitch. Le Prince Paul serait, soi-disant, allé chez Hitler et aurait donné l'autorisation à Cvetkovic à ratifier le Pacte. C'est présenter le Prince Paul comme quelqu'un qui collabore avec les étrangers et même avec un Hitler ! Quelqu'un peut-il me dire aujourd'hui quand les communistes se sont montrés patriotes et si le régime de Staline était un régime serbe ou un régime soviétique ? Qui donnait des ordres et depuis quel trône ? Quelle armée Broz a-t-il appelée pour « libérer » Belgrade et la Serbie ? Quelle armée a envoyé ses avions, à la demande expresse de ce même autocrate, pour bombarder, à la fin de la guerre, les villes et les cibles civiles serbes ? Qui a commencé, dès qu'il a usurpé le pouvoir, à persécuter les Serbes et les patriotes ? Du 27 mars au 6 avril, ne se sont pas écoulés, à ce que je sache, plus de dix jours. Le plus grave, peu importe les « mérites » des uns ou des autres, reste le pogrome perpétré sur les Serbes en Croatie et en Bosnie - Herzégovine. On a crée entre les Serbes une fracture qui existe aujourd'hui encore. Et je ne parle même pas des victimes de l'occupation et de la guerre civile et religieuse. Tout cela s'est produit simultanément, au cours de ces quatre ans de guerre ! C'en est trop ! Mais tout cela n'est rien comparé au Prince Paul et au Pacte, car cela, n'est-ce pas, c'était terrible !

En politique, mon père, le Prince Paul, était pragmatique. La seule chose qu'il n'ait jamais pu comprendre reste l'attitude des Anglais. Aujourd'hui, cette question est éclaircie. L'influence des espions de Staline en Angleterre est enfin connue: nous savons aujourd'hui le nom et le prénom exacts de l'homme en poste au Caire, qui - pour le compte des Soviétiques - a trafiqué au profit de Tito les rapports du général Mihaïlovitch.

Les grandes puissances ont depuis toujours fait ce qu'elles voulaient. Pour préserver leurs droits toujours menacés, les petits pays doivent être beaucoup plus attentifs, plus clairvoyants. Ils doivent posséder une diplomatie très active et ils doivent savoir faire des compromissions. A ceux qui ignorent où ils vivent et quelle doit être la politique serbe, je conseille la lecture de « La vie de Saint Sava » rédigée par le moine Téodosïé.