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Votre Altesse
Royale, pourriez-vous, pour commencer, nous exposer les raisons qui vous
ont poussé à écrire une lettre ouverte au peuple
serbe (lettre qui fut publiée également dans notre quotidien)
dans laquelle vous demandez pardon, au nom de la dynastie royale, pour
Sa Majesté Alexandre I Karageorgevitch, relativement à la
création de la Yougoslavie.
Avant
toute chose, je vous remercie d’avoir publié cette lettre sans
modification. Je vous remercie également pour l’intérêt
que vous portez à mes tentatives d’aider la patrie.
La
première Yougoslavie, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes,
a été créée en 1918. Elle a été
détruite dans la guerre d’avril 1941, lorsque le roi et le gouvernement
royal ont précipitamment quitté le pays et que nos soldats
ont déposé leurs armes. Le pays fut occupé et déchiré.
Sur le territoire du Royaume, les Croates ont immédiatement proclamé
leur NDH (l’Etat indépendant de Croatie) et ont déclenché
la guerre religieuse et le génocide. Après que l’Allemagne
eut attaqué l’URSS, les communistes ont provoqué la guerre
civile, l'on déclenchée par l’assassinat d’un gendarme.
Aujourd’hui encore, ce jour est fêté chez nous comme le jour
du " soulèvement populaire ". La tragédie du peuple
serbe dans ces années malheureuses, vers la fin de la guerre, en
disait long sur la " réussite " du pays commun des Slaves
du sud. Plus tard, comme tout le monde le sait, a été créée
la deuxième Yougoslavie. Elle a été précédée
par la signature du traité Broz-Shoubashitch (1. décembre
1944) et par la décision du roi Pierre II, datant du 29 janvier
1945, de conférer à une Régence " son pouvoir
royal, jusqu’à la décision de l’Assemblée Constitutionnelle
". Après des élections faussement libres et démocratiques,
la FNRJ a été proclamée selon le modèle soviétique.
En même temps on a interdit à notre famille, aux Karageorgevitch,
le retour au pays. La deuxième Yougoslavie s’est disloquée
en 1991. La troisième a été fondée immédiatement
après, à Zabljak, sur le mont Durmitor. Nous voyons aujourd’hui,
que ses jours sont comptés.
J’ai
demandé pardon à mes frères et soeurs serbes pour
le Royaume de Yougoslavie. J’ai dit que le voïvode Zivojin Misic
avait raison et que tout ce qu’il a écrit dans son rapport au roi
Alexandre concernant la survie de la Yougoslavie s’est montré exact,
pas plus tard qu’en été 1941. Du point de vue historique
cela est incontestable. Il faut savoir reconnaître ses erreurs et
se repentir. Karageorges connaissait le repentir. Il était capable
de passer des journées entières en larmes, silencieux. Ses
erreurs pesaient terriblement sur sa conscience. Je suis très fier
de ce don rare qu’il possédait. Il a pleuré le destin du
peuple et le sien propre dans le monastère de Fenek, après
la débâcle de l’insurrection ... Il avait une grande âme.
C'est pour cela que les Serbes l’aiment et le respectent aujourd’hui encore.
Ils se reconnaissent en lui, car il était un humble serviteur de
notre Seigneur Jésus-Christ, un véritable Serbe, suffisamment
grand pour assumer la responsabilité d’être leur Vojd (Maître,
Seigneur). Les communistes appelaient le Royaume de Yougoslavie "
le cachot des peuples ". Aujourd’hui, abandonnée par tous
les Slaves du sud, elle ne repose plus que sur les Serbes. Même
ceux du Monténégro sont prêts à se déclarer
Monténégrins, tellement ils veulent quitter cette Yougoslavie.
La question se pose donc de savoir si la Yougoslavie était un cachot
... des Serbes ! C’est pour cette raison que j’ai décidé
de parler. Je pense que l’essentiel est là : les trois Yougoslavies
se sont retournées contre les Serbes.
Après
un demi-siècle de république, le peuple serbe se trouve
dans une crise existentielle, économique et politique. A votre
avis, une réflexion sur la monarchie aujourd’hui, a-t-elle un fondement
? Si oui, s’agit-il de la Yougoslavie, de la Serbie, ou d’une union de
la Serbie et du Monténégro ?
La
deuxième Yougoslavie était une république - une "
démocratie populaire " - sur le papier seulement. En vérité,
tout se résumait à la volonté d’un seul homme et
au pouvoir absolu d’une oligarchie politique issue d’un seul parti, c’est
à dire de la nomenclatura communiste. En même temps, au cours
du dernier demi-siècle, la Yougoslavie était un laboratoire
dans lequel on faisait des expérimentations sur des êtres
humains pour les besoins du mouvement socialiste - nihiliste international.
Dans la Yougoslavie d’aujourd’hui, on continue toujours à élaborer
des projets pour un pays imaginaire. Il est parfaitement logique que tout
cela ait mené le peuple serbe à une crise - comme vous le
dites bien - existentielle, économique et politique. Je dirais
même que cela a mené à une catastrophe nationale.
Dans une telle situation, vaut-il mieux essayer de sauver notre honneur
ou se laisser aller à un avenir quelconque et au malheur ? En rejetant
la Yougoslavie, les Serbes choisiraient l’arrêt des expérimentations
sur le corps vivant de la nation. Ils cesseraient de jouer le rôle
des cobayes dans le laboratoire du Dr Jekyll. Ils retourneraient à
leur essence. C’est alors, en tant que Serbes et non pas Slaves du sud,
que les écailles nous tomberaient des yeux. Ce n’est pas une honte
d’être Serbe. Au contraire, il serait honteux de rester " Yougoslaves
", après tout ce qui nous est arrivé.
Quant
aux Serbes, ils n’ont pas à réfléchir sur le royaume.
Il faut laisser de telles réflexions à ceux qui n’ont pas
eu une histoire comme la notre. C’est à eux de réfléchir
et de désirer le royaume. L’organisation politique respectable
et économe appelé royaume est tout à fait naturelle
aux Serbes. Je suis fier d’être Serbe. Je suis fier des origines
que le Seigneur m’a accordées. Nous, les descendants de Karageorges,
nous sommes avant tout Serbes. Depuis l’époque de Karageorges jusqu’à
récemment, la Serbie était un pays rural. St Sava a créé
la Serbie, les paysans l’ont entretenue par leur travail honnête,
par leur courage et par leur mémorable poésie. C’est une
chose sacrée ! Si on devenait à nouveau Serbe, on verrait
comment ce renouveau de dignité chez les paysans entrainerait le
renouveau de la vie populaire entière. Dans le peuple, la joie
serait de retour. C’est uniquement en tant que Serbes que nous pouvons
survivre.
Nos
frères et soeurs au Monténégro comprennent cela.
Ils savent qu’il n’y a jamais eu de mots entre nous - avant la création
de la Yougoslavie et avant que les communistes n’ait semé la discorde.
Qu’est-ce que le Monténégro pour nous ? Que sont Cetinje,
les monastères Moraca et Ostrog, le pays de Stéphane Némania
et des Crnojevitch dans le coeur de chaque Serbe ? Que sont que la Serbie
sans le Monténégro et le Monténégro sans la
Serbie ? Rien d’autre que deux borgnes. J’ai compris pourtant : nos frères
au Monténégro en ont assez de vivoter dans l'état
ruiné des Slaves du sud où un homme qui ne respecte rien
tente d’asseoir son règne, de défendre la Yougoslavie jusqu’au
dernier Serbe.
Les
relations entre deux pays serbes, la Serbie et le Monténégro,
sont actuellement au niveau le plus bas . Comment vivez - vous cette situation
? Pensez-vous qu’il est possible de maintenir cette union ?
Je
sais que la désintégration continuera avec la survie de
la Yougoslavie. Qu’est-ce que nous pouvons observer dans l’expérience
yougoslave depuis cinquante ans ? La volonté de détruire
complètement la vie environnante, la propriété privée,
la famille, la religion, la volonté d’appliquer le nivellement
par le bas, d’effacer toutes les catégories morales, d’introduire
un esprit sectaire, mais aussi la volonté de recourir à
la terreur ... Les Serbes étaient particulièrement touchés
par ces phénomènes et je comprends ceux qui en ont assez
des divisions et des illusions apportées par le yougoslavisme.
L'union de la Serbie et du Monténégro n' est possible qu'
à condition de changer tout de suite le système politique.
C’est dans la liberté, dans le respect des différences qui
existent entre nous, dans une ouverture vers le monde et les courants
qui le caractérisent, qu’une telle union est possible. A condition,
aussi, que nous soyons tous Serbes et qu’il n’y ait pas de division entre
ceux qui le sont véritablement, et ceux qui se font passer pour
tels. Il ne faut pas condamner ceux d'entre nous, qui en ont assez de
la politique perdante des leaders yougoslaves. Pour les Serbes la Yougoslavie
était et reste encore un mécanisme de désintégration,
une idée qui a fait faillite et que les communistes ont utilisée
pour leur besoins.
Cette
communauté a trois seigneurs : le président de la République
fédérale de la Yougoslavie, le président de la Serbie
et le président du Monténégro. Comment voyez - vous
ces trois hommes ?
Le
président du Monténégro a compris le danger et essaie
- parfois d’une façon désespérée - de sauver
au moins ses propres citoyens. De les ramener à la terre ferme.
C’est une tâche difficile, car l’Occident est souvent hypocrite.
De surcroît, vu que dans de nombreux pays les socialistes patentés
occupent le pouvoir , il arrive souvent que la sauvegarde du système
nihiliste prime dans leurs esprits sur la libération des peuples
qui se trouvent encore sous le joug du communisme, qu’elle prime sur l’accession
de ces peuples à une vie démocratique. Il faut également
tenir compte aussi des intérêts des banquiers et des marchands
internationaux qui ne se demandent pas s’ils achètent à
un dictateur et à qui va l’argent. Tout ce qu’ils savent faire,
c’est courir après un profit rapide. Les politiciens yougoslaves
font tout pour éloigner le Monténégro de la Serbie.
Du reste, ce sont les résultats d’un règne qui dévoilent
la vrai nature de ceux qui occupent le trône. Je crois que la catastrophe
nationale Serbe montre bien à qui l’on a affaire. Les mots me manquent
pour exprimer toute ma consternation. D’ailleurs, il n’est pas nécessaire
d’ajouter à ce que le peuple a déjà dit sur ce sujet.
Le
peuple serbe vit actuellement des jours tragiques. Cette tragédie
trouve sa culmination au Kosovo et Métochie. Est-ce que cette terre
sainte est définitivement perdue pour la Serbie ?
Il
faut des générations de sages pour réparer ce qu’un
seul malade a détruit. Heureusement, tout ce qui est sacré
est indestructible. Tant qu’il y a des Serbes et tant que la Serbie existe,
le Kosovo ne sera pas perdu. Le saint évêque Nikolaj (Velimirovic),
a écrit que, depuis la bataille du Kosovo jusqu’à la libération
en 1912, nous étions des gens qui possédaient une liberté
intérieure. Comment était-ce possible sous l’occupation
ottomane ? C’était possible parce que les Turcs ne pouvaient pas
nous prendre notre âme. Je voudrais que nous sortions enrichis de
cette épreuve. Que le Kosovo, notre Kosovo serbe, à la fois
mythique et réel, notre Kosovo contemporain, nous aide une fois
de plus à survivre, à garder notre âme. Je voudrais
qu’on me comprenne bien, je sens la force de la douleur qui saisit le
peuple, la profondeur de la blessure qui lui a été assénée.
Je sais également, qu’ils seront nombreux ceux qui voudront fuir,
oublier, s’éloigner de la serbité afin de soulager leur
douleur. Pourtant, nous ne devons pas renoncer à notre liberté,
à notre serbité. Aujourd’hui notre devoir est d’aimer plus
que jamais notre sainte patrie : la Serbie, la Vieille Serbie, le Monténégro
et la Republika srpska, justement en raison de ce qu’il nous est arrivé
au Kosovo et Métochie. Cet amour nous unira et nous donnera des
ailes. Nous sentirons une nouvelle force croître en nous et nous
deviendrons à nouveau des Serbes dignes d’admiration. C’est ainsi
que nous resterons fidèles à notre Serment.
L’église
orthodoxe serbe à été la seule à prendre la
défense du peuple serbe au Kosovo et à partager son destin
tragique. Comment, en tant que représentant de la maison royale
voyez - vous le rôle de l’Eglise en ces temps tragiques ?
Dans
le malheur qui a frappé les Serbes dans la deuxième et la
troisième Yougoslavie, nous avons eu la grande chance d’avoir deux
saints - l’évêque Nikolaj et le père Justin - qui
ont contribué au renouveau de l’Eglise. C’est grâce à
leurs efforts que nous avons aujourd’hui notre patriarche, une personnalité
reconnue qui partout fait notre honneur, que nous avons de grands évêques
et métropolites et que notre Eglise jouit de renommée. Récemment,
en France, toute une communauté de moines, avec leurs églises
et leurs monastères, a demandé d’être admise au sein
de notre Sainte Eglise serbe. Notre évêque Luka leur a donné
sa bénédiction. En même temps, le saint Synode a accepté
leur demande. Ces moines français sont aujourd’hui nos frères
orthodoxes. Il est compréhensible que notre Eglise rejoigne le
peuple avec lequel elle porte sa croix, car elle est l’oeuvre spirituelle
de St Sava. Depuis toujours le malheur qui s’abattait sur le peuple frappait
aussi le clergé, les moines et les biens de l’Eglise. L’orthodoxie,
néanmoins, a survécu et elle survivra dans l’avenir. Dans
ces temps difficiles, l’influence de l’Eglise s’est renforcée,
surtout grâce aux enseignements du patriarche serbe Monseigneur
Paul. J’ai l’impression que sa parole touche un nombre grandissant de
personnes et que même les infidèles les plus endurcis commencent
à saisir l’essence des enseignements de l’Evangile que Sa Sainteté
Paul ne cesse de répéter. C'est pourquoi on s' attend à
ce que l’Eglise Orthodoxe Serbe soit la principale solution à cette
tragédie populaire. C'est pourquoi aussi l’Eglise aura dans la
Serbie future la place que l’histoire et l’avenir serbe lui réservent.
Le 15 juin dernier, le Saint Synode a demandé au président
actuel et à son gouvernement de démissionner pour le salut
du peuple. Je pense qu’en faisant la sourde oreille ils commettront une
terrible erreur. Ils ont déjà commis de nombreuses erreurs,
ils ont causé beaucoup de dommages, mais s’ils décident
une fois de plus de ne pas écouter les conseils de l’Eglise, ils
se ravaleront au niveau de simples renégats à tout ce qui
est serbe. Ils n’auront plus aucun avenir. Le fait que le patriarche serbe
avec l’évêque Artemije, l’évêque Atanasije de
Herzégovine, le métropolite Amfilohije et l’épiscope
Atanasije, soient restés au Kosovo et Métochie est d’une
grande importance. Ce sont eux qui donnent l’exemple. Ils sauvent des
vies humaines et l’honneur serbe, mais aussi et avant tout : ils mènent
un combat, au niveau spirituel le plus élevé, contre quelque
chose qui est dépourvu de toute humanité.
Il
serait intéressent pour nos lecteurs d’apprendre quelque chose
sur les rapports que vous entretenez avec les autres membres de la famille
royale, surtout avec l’héritier du trône Alexandre et le
Prince Tomislav.
Depuis
l’enfance j’entretiens avec le Prince Tomislav de très bonnes relations
familiales. Bien qu’il soit un peu plus jeune que moi, nous appartenons
à la même génération. Nous nous entretenons
souvent. J’ai vu le prince Alexandre, pour la dernière fois à
l’enterrement de ma mère, la princesse Olga, il y a un peu plus
d’un an. Il m’envoie régulièrement ses déclarations.
Du vivant de mon père, le Prince Paul, nous nous voyions plus souvent.
Je ne prétends pas que nous soyons une famille qui vit dans une
harmonie inégalée. Il ne faut pas oublier que nous n’avons
pas le droit de rentrer dans notre Serbie. Nous passons notre vie en exil.
Chacun d’entre nous a dû se débrouiller comme il le pouvait.
En tant que descendants de Karageorges pourtant, nous sommes liés
- par notre nom et dans notre chair - à la Serbie. Ce lien est
mon destin. Un Karageorgevitch ne peut vivre sans se demander, où
qu’il se trouve dans le monde, ce qui se passe en Serbie, comment vivent
ses Serbes, quand viendra leur libération ... Nous sommes liés
à tous les Serbes. C’est ce que chaque Karageorgevitch comprend
un jour.
Nous
savons que vous suivez attentivement les événements dans
la patrie. Comment vous informez-vous ?
J’ai
créé il y a quelques années une association "
Les Compagnons de la Douklia", qui s’occupait l’année dernière
surtout d' actions humanitaires. Par exemple, nous avons envoyé
en Republika Srpska 240 tonnes de matériel pour un hôpital
de 300 lits. Le matériel que nous avons réussi à
obtenir de l’armée française. Au début de cette année,
voyant qu’en Serbie se préparait un grand malheur, j’ai formé
un Cabinet civil. Dans ce cabinet siègent de nombreux spécialistes
: juristes, historiens, économistes, informaticiens, journalistes,
entrepreneurs ... sur Internet j’ai mon propre site. J’essaie d’apporter
mon aide. Depuis des années déjà, je lis notre presse,
mais aussi la presse française et anglo-saxonne. Je trouve également
des informations sur Internet. Je suis régulièrement informé
sur tout ce qui se passe dans le pays. Ces derniers temps, j’ai eu souvent
l’occasion de voir à la télévision la maison de mon
père, le Palais blanc, notre salon, notre salle à manger,
le mobilier que je reconnais ... Vous pouvez vous imaginer ce que je ressentais
lorsque je voyais certaines personnes évoluer dans ce décor.
Je lis souvent votre journal " Evropske novosti ". On peut l’acheter
à Paris. Je le trouve sur les Champs Elysées, tout près
de chez moi.
Votre
Altesse Royale, je voudrais vous remercier pour le temps et l’attention
que vous nous avez consacrées. Je voudrais également vous
poser une dernière question : aurons-nous bientôt l'occasion
de vous voir dans notre patrie ?
Oui,
si Dieu le veut, mais avant tout il faut se libérer. C’est mon
souhait le plus cher. Je vous remercie. Vive la Serbie !
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