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Le vingt-quatre mai
prochain, il y aura deux mois que la plus puissante armada militaire de l’histoire
de l’humanité a entrepris, sans déclaration de guerre, le bombardement ininterrompu
de la Serbie et du Monténégro. Cette force dénommée “OTAN”, avec les moyens
techniques les plus sophistiqués, s’est donné pour objectif d’obliger le gouvernement
yougoslave à signer le document dit “de Rambouillet” et de protéger la population
albanaise qui jusque là habitait la province serbe de Kosovo et Metohija.
Cette alliance militaire, sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique, nous assurait
qu’elle oeuvrait pour la paix et les droits de l’homme, donc dans un but humanitaire;
elle ne faisait pas la guerre au peuple serbe, mais à son seul Président qui
refusait d’accepter le traité de paix, au contenu par ailleurs totalement
inconnu de l’opinion publique.
Secondée efficacement
par tous les médias qui, bombardaient aussi l’adversaire serbe (selon une
méthode déjà appliquée durant la guerre en Bosnie) en jouant sur les demi-vérités,
les contextes faussés, un maniement très habile et redoutable du mode conditionnel,
les attendrissements savamment suscités et soigneusement entretenus, cette
force semblait vouloir préparer les opinions publiques occidentales à la seule
issue possible, l’unique solution finale éthiquement justifiée : l’anéantissement
des Serbes.
Tout en disant s’attaquer
à des cibles militaires et à la puissance de l’armée yougoslave, l’OTAN a
commis de multiples bavures (il en a reconnu dix, des plus flagrantes). En
réalité, il s’efforce de détruire toute l’infrastructure du pays, bombarde
des usines, des hôpitaux, des écoles, des crèches, une prison, il a touché
mortellement des colonnes de réfugiés, des journalistes sur leur lieu de travail,
des ambassades, des marchés... Des centaines de milliers de Serbes se retrouvent
sans travail. En détruisant tous les ponts, il a rendu le Danube impraticable,
menaçant ainsi de pertes considérables l’économie des pays limitrophes. Il
a provoqué en Europe une catastrophe écologique comparable à celle de Tchernobyl.
Comme en Bosnie, où il a privé le peuple serbe de ses médias, il démolit tous
les relais hertziens et les bâtiments des radios et télévisions serbes. Ces
dernières semaines, l’OTAN terrorise sciemment la population en faisant franchir
le mur du son à ses appareils au-dessus des zones habitées et en jetant des
bombes-graphite qui endommagent l’alimentation en électricité. A cette panoplie
s’ajoutent les bombes à fragmentation et à l’uranium apauvri.
Tout ceci se passe au
coeur même de l’Europe. Cependant, lorsqu’on a eu enfin, bien tardivement,
accès au texte appelé “plan de paix de Rambouillet”, on a pu s’apercevoir
qu’il était si évidemment inacceptable pour les Serbes qu’il ne pouvait déboucher
que sur un refus, occasion idéale pour déclencher l’agression contre un état
souverain.
De nombreuses voix se
sont élevées contre cette guerre qui a causé plusieurs milliers de victimes
civiles. Tous les efforts de la diplomatie, notamment ceux des Russes, des
Chinois, des Italiens et des Grecs ont été contournés. Les suppliques de Sa
Sainteté le Pape Jean-Paul II n’ont pas été entendues.Les multiples appels
à la paix des chefs des Eglises orthodoxes, parmi lesquels le Patriarche russe
Alexis et le Patriarche serbe Paul, sont restés sans écho.
Cette guerre est barbare,
elle est menée contre la souveraineté des nations et l’intangibilité des frontières,
contre la souveraineté de la justice, contre l’Europe enfin, avec la complicité
servile des Européens.
Je voudrais croire pourtant
qu’il reste en ce monde assez de raison pour faire taire les bombes et laisser
parler la diplomatie. Parmi tant de choses que l’OTAN a détruites, je regrette
tout particulièrement l’anéantissement des relations privilégiées qui existaient
entre les Serbes et les Français. Il faudra de longues années pour les rétablir.
SAR le
Prince Alexandre de Yougoslavie
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