SAR Le Prince Alexandre KARAGEORGEVITCH
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Communiqué

Le 22 mai 1999

 

Le vingt-quatre mai prochain, il y aura deux mois que la plus puissante armada militaire de l’histoire de l’humanité a entrepris, sans déclaration de guerre, le bombardement ininterrompu de la Serbie et du Monténégro. Cette force dénommée “OTAN”, avec les moyens techniques les plus sophistiqués, s’est donné pour objectif d’obliger le gouvernement yougoslave à signer le document dit “de Rambouillet” et de protéger la population albanaise qui jusque là habitait la province serbe de Kosovo et Metohija. Cette alliance militaire, sous l’égide des Etats-Unis d’Amérique, nous assurait qu’elle oeuvrait pour la paix et les droits de l’homme, donc dans un but humanitaire; elle ne faisait pas la guerre au peuple serbe, mais à son seul Président qui refusait d’accepter le traité de paix, au contenu par ailleurs totalement inconnu de l’opinion publique.

Secondée efficacement par tous les médias qui, bombardaient aussi l’adversaire serbe (selon une méthode déjà appliquée durant la guerre en Bosnie) en jouant sur les demi-vérités, les contextes faussés, un maniement très habile et redoutable du mode conditionnel, les attendrissements savamment suscités et soigneusement entretenus, cette force semblait vouloir préparer les opinions publiques occidentales à la seule issue possible, l’unique solution finale éthiquement justifiée : l’anéantissement des Serbes.

Tout en disant s’attaquer à des cibles militaires et à la puissance de l’armée yougoslave, l’OTAN a commis de multiples bavures (il en a reconnu dix, des plus flagrantes). En réalité, il s’efforce de détruire toute l’infrastructure du pays, bombarde des usines, des hôpitaux, des écoles, des crèches, une prison, il a touché mortellement des colonnes de réfugiés, des journalistes sur leur lieu de travail, des ambassades, des marchés... Des centaines de milliers de Serbes se retrouvent sans travail. En détruisant tous les ponts, il a rendu le Danube impraticable, menaçant ainsi de pertes considérables l’économie des pays limitrophes. Il a provoqué en Europe une catastrophe écologique comparable à celle de Tchernobyl. Comme en Bosnie, où il a privé le peuple serbe de ses médias, il démolit tous les relais hertziens et les bâtiments des radios et télévisions serbes. Ces dernières semaines, l’OTAN terrorise sciemment la population en faisant franchir le mur du son à ses appareils au-dessus des zones habitées et en jetant des bombes-graphite qui endommagent l’alimentation en électricité. A cette panoplie s’ajoutent les bombes à fragmentation et à l’uranium apauvri.

Tout ceci se passe au coeur même de l’Europe. Cependant, lorsqu’on a eu enfin, bien tardivement, accès au texte appelé “plan de paix de Rambouillet”, on a pu s’apercevoir qu’il était si évidemment inacceptable pour les Serbes qu’il ne pouvait déboucher que sur un refus, occasion idéale pour déclencher l’agression contre un état souverain.

De nombreuses voix se sont élevées contre cette guerre qui a causé plusieurs milliers de victimes civiles. Tous les efforts de la diplomatie, notamment ceux des Russes, des Chinois, des Italiens et des Grecs ont été contournés. Les suppliques de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II n’ont pas été entendues.Les multiples appels à la paix des chefs des Eglises orthodoxes, parmi lesquels le Patriarche russe Alexis et le Patriarche serbe Paul, sont restés sans écho.

Cette guerre est barbare, elle est menée contre la souveraineté des nations et l’intangibilité des frontières, contre la souveraineté de la justice, contre l’Europe enfin, avec la complicité servile des Européens.

Je voudrais croire pourtant qu’il reste en ce monde assez de raison pour faire taire les bombes et laisser parler la diplomatie. Parmi tant de choses que l’OTAN a détruites, je regrette tout particulièrement l’anéantissement des relations privilégiées qui existaient entre les Serbes et les Français. Il faudra de longues années pour les rétablir.

SAR le Prince Alexandre de Yougoslavie