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Votre
Altesse Royale, à la différence de certains membres de la famille
royale, vous êtes resté pendant longtemps à lécart du public
en essayant de ne pas vous mêler dans la vie politique de la patrie.
Le discours que vous avez adressé récemment au peuple serbe a attiré
une grande attention .
Il
ne faut jamais perdre lespoir quon pourra un jour servir
la patrie. Pour moi, en tant que Karageorgevitch, cela signifie
garder la foi et la fidélité envers la Serbie. Selon ma profonde
conviction et quoi quon ait pu écrire sur nous, notre destin
est de servir comme Karageorge la conseillé : « Je serai toujours
avec vous, jamais au-dessus ». Voyez-vous, nous entrons bientôt
dans le troisième millénaire. Après tout ce que nous avons vécu
depuis 1941, après tous les malheurs et la « dictature du prolétariat
», la Serbie se trouve actuellement dans une très mauvaise situation.
Daucuns disent quelle est sans issue. Depuis des années,
je suis ce qui se passe chez nous et après ces guerres menées stupidement,
particulièrement après le fiasco sans précédent de la politique
« yougoslave » au Kosovo et Métochie, jai été sérieusement
inquiet à l'idée quà nouveau, nous, les Serbes, entrerions
dans le troisième millénaire comme Yougoslaves.
Je
mexplique : je ne crois pas que la situation soit sans issue
et que de tout « ne reste que le silence » comme dirait Hamlet.
Cest ce que nos adversaires désirent peut-être le plus. Avec
la terrible propagande du régime et lendoctrinement du peuple,
il se peut que de nombreuses personnes chez nous n'aient pas compris
que notre plus grand problème reste justement celui de lidentité.
Après être entrés dans ce siècle comme Serbes, nous avons changé
notre nom de bonne foi en espérant que les autres seraient aussi
généreux. Nos voisins, bien entendu, navaient pas la moindre
intention de le faire. Cest alors que les nihilistes ont accédé
au pouvoir en semparant du yougoslavisme comme d'une arme
principale doppression et de défiguration des Serbes. Ils
appelaient cela : « Le combat contre le chauvinisme grand-serbe
». En relançant la « culpabilité » et le yougoslavisme, ils ont
poussé ce peuple au bord de la ruine. Les psychiatres diraient :
au bord du suicide.
Il
ny a plus de Yougoslaves : ils se sont tous dispersés dans
leurs états nationaux nouvellement formés. Pourtant, sur les Serbes
règne toujours un « régime yougoslave ». La terre sainte des Serbes
est livrée au protectorat international par un régime « yougoslave
», alors quen vérité cette terre est arrachée aux Serbes.
Les Yougoslaves nont jamais été accusés de politique grand-serbe,
les Serbes oui. On déclara que les Serbes étaient des « bolcheviks
» et les Yougoslaves non. Il y a beaucoup dexemples troublants
de ce type. Avant la guerre les communistes ont donné au Royaume
le nom « cachot des peuples » alors quaujourdhui on
comprend que les deux Yougoslavies qui lui ont succédé ont servi
uniquement à rendre les Serbes complètement fous. Ce sont les raisons,
et il y en a encore beaucoup, qui mont poussé à sortir devant
notre public avec une attitude claire relative à lavenir serbe
: en tant que "yougoslave", le peuple serbe ne survivra
pas. Nous devons rester ce que nous sommes, à savoir les Serbes.
Jespère que tout le monde comprend ce que la double identité
nous a apporté ?
Suite à
la méprise que certains journaux ont provoquée en attribuant votre
déclaration à Son Altesse Royale Alexandre Karageorgevitch, celui-ci
sest adressé récemment au public pour démentir toute implication
dans laffaire et - par la même occasion - afficher une fois
de plus son attachement au yougoslavisme de telle façon quon
a aujourdhui limpression que dans la dynastie Karageorgevitch
coexistent deux courants : un pro-yougoslave et un pro-serbe ?
Que
cette génération nous juge à luvre en « attribuant à
chacun ce qui lui revient ». Cest ce que Niégosh a dit. Je
tiens à ce que les Serbes saisissent ce que je dis, et quils
ne soient pas dans l'erreur.
Nous
ne nous débarrasserons pas du régime qui nous humilie depuis plus
dun demi-siècle si nous ne rejetons pas la Yougoslavie. Nous
avons porté assez longtemps cet habit d'un défunt. Il est trop lourd
et démodé, par endroit même rongé par les mites.
Aucune
« démocratisation » nest possible avec cette excroissance
sur le corps vivant du peuple serbe. En tant que « Yougoslavie »,
la Serbie ne peut pas être reconstruite, de même quelle ne
pourra pas occuper la place qui lui revient dans la communauté des
nations européennes. Les grandes vérités font surface dans des situations
difficiles pour les individus et pour les nations. Le régime yougoslave
na apporté aux Serbes que le mal et la ruine. Alors, comment
la Yougoslavie peut-elle être lavenir de la Serbie ? On voudrait
maintenant la recycler sous un nouvel emballage dans deux ou trois
partis « démocratiques » pour quelle continue à parasiter
les Serbes.
Est-ce
que le régime yougoslave a protégé les Serbes à louest de
lex-(deuxième) Yougoslavie ? Quel est ce régime qui a établi
la frontière au long de la Drina ? A-t-il protégé les Serbes au
Kosovo et Métochie ? A-t-il donné le droit de vote aux Serbes dans
la diaspora ? Quel est le destin des réfugiés des régions serbes
occidentales en Yougoslavie ? Ont-il eu le droit à la citoyenneté?
Qui se charge des enfants sans parents, ceux des combattants qui
ont donnés leur vie pour la liberté serbe ?
Nous
connaissons la réponse à toutes ces questions. La liste est longue.
Le régime actuel a lintention de se battre pour la Yougoslavie
jusquau dernier Serbe. Je sais que le jour où ils ouvriront
les yeux, les Serbes chasseront la Yougoslavie de la Serbie en lui
interdisant dy revenir. Quelle aille à létranger
en tant que « travailleur immigré », comme les Serbes étaient obligés
daller au servage, ailleurs, loin de leur patrie. Comme les
Serbes qui étaient obligés de se transformer en ces étrangers quon
appelle péjorativement en France « Les Yougos » ! Si on ne dépose
pas la Yougoslavie au musée, tous les Serbes deviendront des réfugiés.
Cest la seule chose quelle sache produire.
Comment
changer limage extrêmement négative que les Serbes ont aujourdhui
dans le monde ?
Si
les Serbes arrêtent de se présenter sous une fausse identité, sils
acceptent dêtre ce quils sont, sils envoient dans
le monde des vrais Serbes pour être leurs représentants, en un mot,
lorsquils seront libres, lorsquils auront changé le
système politique, lorsque, grâce à la diplomatie serbe, leurs intérêts
seront véritablement défendus, lorsque le gouvernement serbe sera
lexécuteur de la volonté de lAssemblé nationale serbe,
lorsque la science et léconomie serbes sauront sappuyer
sur lexpérience des Serbes de la diaspora et lorsque celle-ci
sera devenue un facteur important dans la vie de la nation, lorsque
seront faites encore beaucoup dautres choses, cest alors
que changera limage des Serbes. Elle changera quand la Serbie
naura plus la Yougoslavie sur le dos. Quand la Yougoslavie
sera reléguée au musée, il deviendra clair que les partis nihilistes
ne sont ni si forts ni si populaires quon le croit en ce moment.
Quelles
sont, selon vous, les perspectives pour la dynastie en Serbie ?
Les
nihilistes ont persécuté et souillé le nom des Karageorgevitch avec
une haine atroce. Ils appliquaient les stratégies les plus perfides
et je dois le dire : ces malheureux avaient beaucoup de succès.
On pourrait écrire des livres là-dessus. En nous souillant, ils
souillaient tous les Serbes, car tous les Serbes sont nos parents.
Nous sommes la famille royale dun peuple qui a souffert, dun
peuple « pitoyable mais courageux », comme disait lévêque
Pierre II Petrovitch Niégosh. Par exemple, je suis la cinquième
génération issue du « père de la Serbie », comme le grand évêque
Rade désignait Karageorge. De la même façon quon dit que tous
les Serbes descendent des Némanides, les Karageorgevitch sont la
continuation de cette lignée. De ce fait, ils sont liés à chaque
famille serbe. Ainsi, il nest plus question dune perspective
mais bien dun lien organique. Nous ne sommes pas des gaspilleurs
comme ceux qui règnent aujourdhui, nous somme une maison respectable
et prospère. Karageorges nest pas né sur le Triglav (la plus
grande montagne slovène), mais à Topola (au cur de la Serbie).
Il
ny a pas de doute que la proclamation du Royaume dans une
nouvelle Serbie libérée serait quelque chose de naturel, propre
aux Serbes. Cela aussi est lié à lidentité. Notre nom fait
partie des bases mêmes de la serbité.
Quelles
perspectives souvrent dans les relations entre la Serbie et
le Monténégro ?
Depuis
plus dun demi-siècle ces relations sont basées sur la devise
« diviser pour mieux régner ». En Serbie aussi bien quau Monténégro
les gens rivalisaient de yougoslavisme et de nihilisme. Notre avenir
repose sur un seul présupposé : sur le rejet du yougoslavisme. Observé
dans une perspective historique, tout nous rapproche, à part cette
idée-intrus. Pour moi il ne fait pas de doute que seule l'union
nous permettra de sauver notre honneur. En Serbie et au Monténégro,
le peuple serbe a crée un état, le Monténégro est la pierre angulaire
de la souveraineté serbe. On a considéré pendant plus de cent ans
que les Serbes ne réaliseraient pas lunion, sils nacceptaient
pas dentrer sous un même toit yougoslave. Aujourdhui
ce toit nous est tombé sur la tête.
Je
vous le demande : est-il impossible de réaliser ce que nous voulons
dans lamour et la fidélité à tout ce qui est sacré pour les
Serbes ? Nous navons pas besoin dêtre unis à travers
léconomie ou le commerce, bien que cela soit très important.
Cest lédifice spirituel nommé serbité qui nous rendra
nobles et dignes de nos ancêtres. Cet édifice spirituel immortel
ne cesse de se construire, car il repose sur le don le plus grand
qui est lamour pour la terre de nos ancêtres, pour tout ce
qui est sacré et pur.
Ils
ne peuvent pas y mettre les pieds, les soumis aveuglés par lidée
dun pays imaginaire. Cet édifice est réservé aux hommes libres.
Même les communistes ne parvenaient pas à tracer les frontières
de la serbité. Je sais que mes frères au Monténégro me comprendront
bien, car jaurais beaucoup à apprendre deux. Autant
que des origines que Dieu ma données, je suis fier du fait
que, par lintermédiaire de leur arrière-grand-mère Hélène,
reine dItalie et fille du roi Nicolas I, dans les veines des
trois fils et de la fille nés de mon premier mariage coule le sang
des Petrovitch. Quant à mon fils cadet Dusan, il a pour mère mon
épouse actuelle, la princesse Barbara de Liechtenstein.
Comme
on peut le voir, je conçois lavenir de notre peuple dans la
mise sur le devant de la scène de tout ce qui fait de nous des Serbes
honnêtes. Ce sera fait lorsque, en comprenant nos fautes, nous nous
serons pardonnés mutuellement. Quand nous ne nous appellerons plus
les Slaves du sud. Quand se réalisera le Serbe quinvoque notre
patriarche, sa Sainteté Paul, suite au serment de la dame Jevrosima
et au conseil de Marko Miljanov relatif à lhonneur et au courage.
Croyez-moi, il est facile de réaliser ce bonheur. Nos gens ont une
capacité naturelle à se corriger vite et facilement. Je le répète
: la serbité est impensable sans le Monténégro.
Comment
voyez-vous les divergences, sans précédent dans notre histoire,
entre les régimes de Belgrade et de Podgorica ?
Le
yougoslavisme, je suis obligé de le répéter, est un carrousel doccasions
qui perd siège après siège sans quon puisse larrêter.
Même lorsquon lui coupe lélectricité, il continue à
tourner. Tout ce quil veut cest disperser, défaire,
détruire tout ce qui revient aux Serbes. Pour cette raison, il nest
pas étonnant quil sattaque en ce moment au Monténégro.
Il faut chasser de notre histoire ce carrousel. Tant quon
ne laura fait, le peuple souffrira, car en Serbie on pense
que la faute revient au Monténégro, tandis que les Monténégrins
considèrent que cest la Serbie qui les maltraite et ne les
laisse pas vivre. Nous devons comprendre cela afin de nous aider
mutuellement à nous débarrasser de ce carrousel.
Depuis
plusieurs années au Monténégro ont cours des tentatives de légalisation
dune Eglise Orthodoxe Monténégrine qui, ces derniers temps,
bénéficient du soutien de certains personnages politiques appartenant
au sommet du pouvoir monténégrin. Comment voyez-vous ces tentatives
et les conséquences qui peuvent en découler ?
Je
dirais quil sagit dune vision aberrante de la
souveraineté où lon voit la paille dans lil de
lautre et on oublie la poutre dans le sien. Il est tout à
fait normal et souhaitable que le Monténégro ait un état à limage
de ces citoyens. La souveraineté monténégrine ne date pas dhier
comme cest le cas avec de nombreux Slaves du sud qui partageaient
jusquà la veille notre maison commune. Par conséquent le Monténégro
na pas besoin pour affirmer son identité dune église
« monténégrine ». Est-il possible quil y ait encore des personnes
qui conçoivent notre orthodoxie comme un « chauvinisme grand-serbe
» ? Dans ce cas, il sagit dun pur produit du yougoslavisme
et dune orientation suicidaire. Cest ainsi que lon
devient un renégat de la liberté et un apostat. Or, cela mène au
rejet de la serbité et à la grande misère pour tous les descendants
de ces malheureux. Est-il possible quils naient rien
appris de Niégosh ? Je leur dirais : nous avons eu assez de malheurs,
lorthodoxie, mes chers frères, nest pas un parti politique
pour quon en fonde à tours de bras, la foi nest pas
une peau de chagrin héritée des aïeux pour quon en fasse ce
quon veut ! Regardez autour de vous, regardez ce que les apostats
ont fait des Serbes. Comment comptez-vous trouver le bonheur en
dehors de la serbité ? Je suis convaincu, néanmoins, que cest
le meilleur exemple pour corroborer ma thèse : on surpassera cette
étroitesse dâme née de la peur, elle disparaîtra lorsque nous
serons libres.
Entretenez-vous
des relations avec la dynastie des Petrovitch ?
Je
dois vous expliquer quelque chose. Une dynastie existe lorsque la
descendance dun roi est déclarée dynastie par la Constitution.
Par exemple, le 4. juin 1921 lassemblée constitutionnelle
a exclu de la dynastie le Prince Georges (elle a accepté sa démission
de 1909) en déclarant pour dynastique la lignée du roi Alexandre
I Karageorgevitch. Cette exclusion était en vigueur jusquà
la décision du roi Pierre II Karageorgevitch datée du 29. janvier
1945 de « léguer ses prérogatives royales à la Régence ». Cest
la citation littérale du Bulletin Officiel (page 102 - n° 11, vendredi
9 mars 1945). Et puisque vous me posez cette question, je me sens
obliger dajouter encore une chose : le titre de Prince ne
vous autorise pas à faire ce que bon vous semble. En même temps,
il est vrai que les familles royales ont toujours connu de pareils
individus.
Par
ailleurs, la dynastie des Petrovitch est éteinte. Référez-vous à
la lettre que le roi Nicolas a adressée au régent Alexandre Karageorgevitch.
Maintenant,
imaginez quelquun qui nest pas Prince et qui grandit
loin du pays de ses ancêtres. Il hérite de son père les icônes de
famille, mais comme il a oublié son identité et sa foi, il commence
à se moquer de ces icônes en barbouillant dessus toute sorte dobscénités.
Il va sans dire quun tel individu est à plaindre. Maintenant,
imaginez un descendant dillustres seigneurs du Monténégro
qui arrive à Cetinje avec une exposition faite de pires insultes
et blasphèmes que lon puisse imaginer sur des copies des icônes
profanées. Au nom dune soi-disant liberté et du nihilisme.
Vous savez tous à qui je pense et de quelle « exposition » je parle.
Jai protesté dans les journaux lorsque je lai appris.
Donc, à propos de votre question sur nos rapports, je vous réponds
: je ne pourrais même pas serrer la main à cet homme. Ce nest
pas lignorance qui est tragique car il suffit de demander
et dapprendre, mais bien loutrage que lon porte,
sans en avoir la conscience, à la Mère de Dieu et aux saints.
Un
retour au pays des membres des deux dynasties, est-il possible et
quest-ce que cela signifierait au niveau symbolique ?
Je
pense que je vous ai déjà répondu à cette question. Cela tournerait
à la farce si on le faisait pour la symbolique. La Serbie et le
Monténégro ont besoin de sérieux et de travail, quant au cirque,
on en a eu assez. |