Jamais encore
dans notre histoire nous n'avions été l'objet d'une si grande haine
et confrontés à d'aussi graves accusations, portant atteinte à l'honneur
et à la respectabilité de tous les Serbes. Il est incontestable
que ceux qui ne nous souhaitent pas de bien ont beaucoup contribué,
par la satanisation et l'exagération, à nous noircir. Mais cela
relevait de leur travail.
Il est clair
aussi que les peuples et les groupes ethniques avec lesquels nous
avons vécus dans le même Etat ont en partie justifié et réalisé
leur émancipation en présentant les Serbes comme seuls coupables
d'une intolérable situation de violence.
Néanmoins,
sans aucun doute, le régime au pouvoir à Belgrade et son Président
portent une très lourde part de responsabilité. Par leur méconnaissance
ou leur négligence des valeurs morales ancestrales des Serbes, par
le détournement de nos plus nobles sentiments ( je pense avant tout
à l'amour de la patrie) qu'ils ont utilisés savamment dans le seul
intérêt de leur nomenklatura, ils ont contribué à ce que des crimes
soient commis par certains des nôtres. Il est particulièrement déplorable
que l'éthique guerrière traditionnelle serbe se trouve de ce fait
remise en question, celle- là même que définit si bien Marko Miljanov
(écrivain et homme d'état) lorsqu'il dit : "C'est faire preuve d'héroïsme
que de se défendre de ses ennemis, mais c'est être humain que de
défendre son adversaire contre soi-même".
Certes, elle
n'a pas été toujours respectée, malgré les suppliques de l'Eglise
et du Patriarche serbe Sa Sainteté Paul qui rappelait constamment
le credo de la Mère Ephrossime : "Il vaut mieux perdre sa tête que
de perdre son âme". N'a-t-il pas dit lui-même au début du conflit
: "Un homme mort vaut mieux qu'un criminel vivant"?
Au lendemain
des affrontements du Kosovo-Métohie, il est donc indispensable de
rechercher et de rendre publiques les preuves de méfaits, d'en désigner
les responsables et de les juger selon la loi. Toute tentative de
dissimulation et de contestation non justifiée des faits imputés
ne ferait qu'accroître le discrédit jeté sur la nation entière.
En tant que
Serbe ayant connu l'expérience de la guerre, en tant que descendant
d'une lignée de glorieux combattants, j'estime que notre armée doit
être la première à défendre l'honneur serbe et à exclure de ses
rangs ceux qu'elle sait coupables d'actes inhumains. C'est à ce
prix seulement que l'on pourra protéger nos victimes de la haine
des autres et parvenir à faire enfin la lumière sur les exactions
dont les Serbes sont eux-mêmes les victimes et que l'immense culpabilité
dont on les charge tous laisse pour le moment dans l'ombre.
C'est d'abord
avec la Vérité que l'on sert sa Patrie.
Le
Prince Alexandre Karageorgevitch |