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Frères et
Soeurs,
Bouleversé
par les actes d'inhumanité que vous subissez, l'infortune inouïe
qui a frappé tous les Serbes où qu'ils vivent, effrayé et émerveillé
par les sacrifices chevaleresques que vous consentez pour la liberté
et la dignité, pas seulement pour nous les vivants mais aussi pour
le souvenir éternel des glorieux ancêtres que nous évoquons avec
ferveur, j'ai souhaité partager avec vous mon émotion. Je ne le
fais pas seulement en tant que prince serbe, descendant de ceux
qui ont dirigé notre Etat, pas seulement en tant qu'aîné de la Maison
royale, mais avant tout comme Serbe et pater familias, plaçant ma
confiance dans la raison et les vertus qui nous ont maintenus pendant
tant de siècles et nous ont permis de garder sains notre âme et
notre corps.
On dit que
les Serbes endurent le mal parce qu'ils craignent le pire. Dès ma
dix-septième année j'ai supporté mon exil, ayant à l'esprit qu'il
existe des sorts plus rigoureux que le mien et particulièrement
celui des Serbes fidèles au Roi restés au pays. Je vois maintenant
que le destin imposé à notre peuple entier par ceux qui nous ont
interdit de rentrer au pays, à nous les Karageorgevitch, a été plus
dévastateur que je ne l'imaginais. Est-il mal plus grand que celui
qui nous a tous frappés? L'espace vital de tous les Serbes a été
rétréci. Nous sommes devenus un peuple d'exilés, calomnié et humilié.
Pire encore: malgré le réveil des valeurs chevaleresques courtoises,
sans faille ni peur, des compagnons de Lazare, la survie même de
l'Etat serbe est mise en question. Ceux qui qualifiaient "d'étrangers
au peuple" les règnes des rois Pierre 1er, Alexandre 1er de Yougoslavie,
et la Régence de mon père le Prince Paul s'avèrent aujourd'hui être
les malheureux qui ont le plus mutilé et tourmenté notre Serbie
dans sa longue histoire.
Frères et
Soeurs, nous ne devons pas nous abandonner au désespoir ni aux lamentations
pour les échecs, le temps perdu et les espoirs évanouis. Alors que
le plus dur s'est produit, c'est justement maintenant qu'il nous
faut retrouver une plus grande foi en nous-mêmes. Notre devoir est
d'aimer plus que jamais notre Patrie serbe. Comment réaliser cela
alors que nos ennemis, l'un traître et pillard, l'autre qui nous
a soumis à l'abominable terreur de ses bombes, ont fait perdre à
un grand nombre des nôtres toute vision de l'avenir ? Comment faire
quand les enfants sont effrayés, les femmes angoissées, les mères
en deuil, les familles exilées, les vieux méprisés et sans retraite,
quand nous ressentons tous la violence qui nous a été infligée afin
de nous punir de crimes commis par d'autres? Combien de vies précieuses
ont-elles été sacrifiées en vain? Existe-t-il un mal plus grand
que celui qui nous a frappé? Sans nul doute: ce serait de perdre
notre âme à la suite de l'immense injustice et de nous abandonner
à un avenir quelconque, dans l'indifférence, en essayant d'oublier
qui nous sommes et ce que nous représentons, ou encore de nous dresser
les uns contre les autres.
Le peuple
serbe, dans l'épreuve, est victime de deux idéologies moribondes
et totalitaires, de même substance perverse, dirigées contre l'homme
et nos principes éternels au nom d'un bonheur global et d'un avenir
soi-disant radieux; l'une est le communisme, l'autre le mondialisme.
En revanche, la tragédie que nous vivons prouve au monde que notre
peuple ignore les problèmes d'identité: nous ne renions pas notre
passé, nous acceptons l'avenir qui nous échoit. Pendant ces heures
d'épreuve, notre pays n'a pas été défendu par des héros au nom d'une
idéologie, mais par des hommes qui se sentaient avant tout profondément
Serbes. Cela signifie que chaque fois qu'il l'a fallu, les Serbes,
hommes et femmes, les nobles descendants de Saint Siméon, du Saint
Prince Lazare de Kosovo, de Karageorge, ont su se montrer dignes
des combattants légendaires des première et seconde guerre mondiales.
Mais le plus
important est qu'ils restent ainsi les enfants spirituels de Saint
Sava. Nous avons assez erré dans ce siècle, nous égarant d'un malheur
à l'autre. L'heure est venue de survivre dans toute notre plénitude,
tournés vers l'avenir, respectant le Serment des chevaliers serbes
au soir de Kosovo. Soyons les Serbes de cette génération qui ne
trahira pas tant de siècles d'expérience, aussi attentifs aux enfants
à élever qu'à ceux qui attendent de naître. De notre père spirituel
Saint Sava, il nous est resté l'Eglise Orthodoxe serbe, elle aussi
martyre, mais resplendissante. C'est elle qui jour et nuit nous
recommande par ses prières au Seigneur Jésus Christ calomnié, condamné,
crucifié, mort sur la croix et ressuscité au Troisième jour, selon
les Ecritures.
Rassemblons
nous donc autour de nos saintes valeurs et unissons nos savoirs
et nos forces pour le bien de la Serbie. Après tant de froidure,
de tourments et un demi-siècle vécu dans l'obscurité, il nous faut
renaître comme frères et disciples de Saint Sava, les "Frères tant
aimés" de Karageorge. Je vous invite donc à l'union, dans l'harmonie
et la foi, pour l'avenir de la Patrie.
S.A.R.
le Prince Alexandre Karagorgevitch |
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