SAR Le Prince Alexandre KARAGEORGEVITCH
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Lettre aux Serbes

" Je veux être au milieu de vous, pas au-dessus"
(Karageorge devant le peuple et les chefs de l'insurrection à Orasac, 1804)

Paris, le 12 juin 1999

Frères et Soeurs,

Bouleversé par les actes d'inhumanité que vous subissez, l'infortune inouïe qui a frappé tous les Serbes où qu'ils vivent, effrayé et émerveillé par les sacrifices chevaleresques que vous consentez pour la liberté et la dignité, pas seulement pour nous les vivants mais aussi pour le souvenir éternel des glorieux ancêtres que nous évoquons avec ferveur, j'ai souhaité partager avec vous mon émotion. Je ne le fais pas seulement en tant que prince serbe, descendant de ceux qui ont dirigé notre Etat, pas seulement en tant qu'aîné de la Maison royale, mais avant tout comme Serbe et pater familias, plaçant ma confiance dans la raison et les vertus qui nous ont maintenus pendant tant de siècles et nous ont permis de garder sains notre âme et notre corps.

On dit que les Serbes endurent le mal parce qu'ils craignent le pire. Dès ma dix-septième année j'ai supporté mon exil, ayant à l'esprit qu'il existe des sorts plus rigoureux que le mien et particulièrement celui des Serbes fidèles au Roi restés au pays. Je vois maintenant que le destin imposé à notre peuple entier par ceux qui nous ont interdit de rentrer au pays, à nous les Karageorgevitch, a été plus dévastateur que je ne l'imaginais. Est-il mal plus grand que celui qui nous a tous frappés? L'espace vital de tous les Serbes a été rétréci. Nous sommes devenus un peuple d'exilés, calomnié et humilié. Pire encore: malgré le réveil des valeurs chevaleresques courtoises, sans faille ni peur, des compagnons de Lazare, la survie même de l'Etat serbe est mise en question. Ceux qui qualifiaient "d'étrangers au peuple" les règnes des rois Pierre 1er, Alexandre 1er de Yougoslavie, et la Régence de mon père le Prince Paul s'avèrent aujourd'hui être les malheureux qui ont le plus mutilé et tourmenté notre Serbie dans sa longue histoire.

Frères et Soeurs, nous ne devons pas nous abandonner au désespoir ni aux lamentations pour les échecs, le temps perdu et les espoirs évanouis. Alors que le plus dur s'est produit, c'est justement maintenant qu'il nous faut retrouver une plus grande foi en nous-mêmes. Notre devoir est d'aimer plus que jamais notre Patrie serbe. Comment réaliser cela alors que nos ennemis, l'un traître et pillard, l'autre qui nous a soumis à l'abominable terreur de ses bombes, ont fait perdre à un grand nombre des nôtres toute vision de l'avenir ? Comment faire quand les enfants sont effrayés, les femmes angoissées, les mères en deuil, les familles exilées, les vieux méprisés et sans retraite, quand nous ressentons tous la violence qui nous a été infligée afin de nous punir de crimes commis par d'autres? Combien de vies précieuses ont-elles été sacrifiées en vain? Existe-t-il un mal plus grand que celui qui nous a frappé? Sans nul doute: ce serait de perdre notre âme à la suite de l'immense injustice et de nous abandonner à un avenir quelconque, dans l'indifférence, en essayant d'oublier qui nous sommes et ce que nous représentons, ou encore de nous dresser les uns contre les autres.

Le peuple serbe, dans l'épreuve, est victime de deux idéologies moribondes et totalitaires, de même substance perverse, dirigées contre l'homme et nos principes éternels au nom d'un bonheur global et d'un avenir soi-disant radieux; l'une est le communisme, l'autre le mondialisme. En revanche, la tragédie que nous vivons prouve au monde que notre peuple ignore les problèmes d'identité: nous ne renions pas notre passé, nous acceptons l'avenir qui nous échoit. Pendant ces heures d'épreuve, notre pays n'a pas été défendu par des héros au nom d'une idéologie, mais par des hommes qui se sentaient avant tout profondément Serbes. Cela signifie que chaque fois qu'il l'a fallu, les Serbes, hommes et femmes, les nobles descendants de Saint Siméon, du Saint Prince Lazare de Kosovo, de Karageorge, ont su se montrer dignes des combattants légendaires des première et seconde guerre mondiales.

Mais le plus important est qu'ils restent ainsi les enfants spirituels de Saint Sava. Nous avons assez erré dans ce siècle, nous égarant d'un malheur à l'autre. L'heure est venue de survivre dans toute notre plénitude, tournés vers l'avenir, respectant le Serment des chevaliers serbes au soir de Kosovo. Soyons les Serbes de cette génération qui ne trahira pas tant de siècles d'expérience, aussi attentifs aux enfants à élever qu'à ceux qui attendent de naître. De notre père spirituel Saint Sava, il nous est resté l'Eglise Orthodoxe serbe, elle aussi martyre, mais resplendissante. C'est elle qui jour et nuit nous recommande par ses prières au Seigneur Jésus Christ calomnié, condamné, crucifié, mort sur la croix et ressuscité au Troisième jour, selon les Ecritures.

Rassemblons nous donc autour de nos saintes valeurs et unissons nos savoirs et nos forces pour le bien de la Serbie. Après tant de froidure, de tourments et un demi-siècle vécu dans l'obscurité, il nous faut renaître comme frères et disciples de Saint Sava, les "Frères tant aimés" de Karageorge. Je vous invite donc à l'union, dans l'harmonie et la foi, pour l'avenir de la Patrie.

S.A.R. le Prince Alexandre Karagorgevitch