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« Au cours des deux derniers siècles la Serbie a donné vie à deux dynasties
issues de la paysannerie ».
Cest ce que me rappelaient avec fierté en différentes occasions mes interlocuteurs.
On avait pourtant limpression quils sarrêtaient aussitôt,
nessayant plus de mexpliquer ni comment ni pourquoi. Au début je
restais dans le doute. Enfin, il mapparut à la réflexion que cela leur
échappait et quà peine le constat formulé ils se ravisaient : ne sadressaient-ils
pas au Prince, que penserait le Prince si ses Serbes se mettaient à lui rappeler
tout le temps quil est dorigine paysanne ? Ou bien, étaient-ils
convaincus que le Prince fût si distingué que toute évocation de la campagne,
du soulier paysan et de la shaïkacha ou shoubara* , de lodeur dune
cour
Et pourtant, chaque fois que jentendais de tels propos, javais limpression
de caresser les gerbes de basilic. Jaime le parfum du basilic, il me rappelle
la Serbie. Il est si auguste, si saint, si royal. Je me rappelais souvent dans
de telles circonstances, un poème de Milan Rakich que, enfant, je connaissais
par cur : Je sens aujourdhui quen moi coule / Le sang de mes
ancêtres, héroïques et durs (
).
Mon père, le prince Paul, et le Roi Alexandre me parlaient des vertus de nos
paysans-guerriers, du grand amour quils portaient à leur pays et à leurs
familles, de la facilité avec laquelle ils mourraient au combat en croyant à
léternité et lindestructibilité du peuple serbe. Avec le temps,
jai pu lire de nombreux témoignages, pas seulement ceux portant sur les
guerres, et je reste convaincu que la plus grande des élégances est dêtre
issu de cette race, de cette terre, de cette peine et de cette joie. Car, cest
de là que poussent les meilleures racines, troncs et ramures.
Quiconque aime la Serbie, sait à quel point ce pays est beau. Seulement, est-il
possible dimaginer un paysage sans hommes, dune façon pure et idéale.
Certes, non. Dans cette beauté vivent des gens libres - les paysans. Quand je
vois tout ce qui sest passé depuis plus dun demi-siècle, il mapparaît
clairement que cest le paysan serbe qui a enduré le plus. Cest lui
quon poursuivait et tuait le plus. Cest lui quon déshéritait
et quon poussait dans des coopératives, qu'on jetait au bagne, dont on
faisait un « prolétaire », cest à dire, un pauvre, dont on essayait de
détruire la famille traditionnelle, ce quon appelle coutumièrement « la
maison de maître ». Les nihilistes ont fait beaucoup de mal au paysan serbe.
Pourtant, ils nont pas réussi à le détruire. La beauté et la liberté sont
plus fortes que leur utopie assassine.
Et, au cours de la dernière décennie, qui a souffert le plus ? Les paysans serbes
des Krajinas, de lancienne Bosnie et Herzégovine, et aujourdhui,
ceux du Kosovo et Métochie. De petits propriétaires respectés et prospères,
ils sont devenus des « réfugiés ». En Serbie même, le paysan est pillé et appauvri,
et son honnête travail tourné en dérision.
Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que lidéologie du communisme, et celles
du socialisme et du yougoslavisme stipulent quil ne sera possible de rendre
lhumanité heureuse que lorsque tous les paysans seront devenus des vagabonds,
des geux errants, prêts à vendre la tombe de leur propre père pour un salaire
mensuel dérisoire. Dans les têtes de leurs acolytes à lOccident - des
« mondialistes » et des « libéraux » - a mûri lidée dun « prolétaire-nomade
», dune nouvelle espèce humaine quil leur faut créer pour réaliser
le nouveau système desclavage. Les « Yougoslaves », qui règnent toujours
sur notre Serbie, ne sont que de vulgaires dahies - un sous-produit - de cette
nouvelle domination impérialiste.
Je pressens que les paysans serbes, qui restent les seuls Serbes libres, à présent,
lorsque loccasion leur sera offerte dêtre à nouveau des libérateurs,
chasseront,
poussés par leurs intérêts naturels, les despotes et les gaspilleurs, en affichant
clairement leur désir souverain de voir la Serbie devenir un Royaume, cest
à dire une maison respectée et prospère.
Le grand Niégosh donna à Karageorge le nom de « fléau des tyrans », or nous
savons que seul un homme libre peut se dresser contre la tyrannie. Profondément
conscient de mon appartenance à une dynastie issue de la paysannerie serbe,
jespère quon me comprendra et que mes frères montreront quils
sont dignes de leur grand modèle paysan, incarné en Georges le Noir de Topola.
Si je pouvais, je leur composerais un éloge. Entre temps, si quelquun
leur demande leur nom, quils disent: : mon nom est Karagorgevitch.
* différents types de casquette traditionnelle des paysans serbes |
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