SAR Le Prince Alexandre KARAGEORGEVITCH
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S.A.R le Prince Alexandre Karageorgevitch
« Lettre aux paysans »

Paris, le 1. septembre 1999

« Au cours des deux derniers siècles la Serbie a donné vie à deux dynasties issues de la paysannerie ».

C’est ce que me rappelaient avec fierté en différentes occasions mes interlocuteurs. On avait pourtant l’impression qu’ils s’arrêtaient aussitôt, n’essayant plus de m’expliquer ni comment ni pourquoi. Au début je restais dans le doute. Enfin, il m’apparut à la réflexion que cela leur échappait et qu’à peine le constat formulé ils se ravisaient : ne s’adressaient-ils pas au Prince, que penserait le Prince si ses Serbes se mettaient à lui rappeler tout le temps qu’il est d’origine paysanne ? Ou bien, étaient-ils convaincus que le Prince fût si distingué que toute évocation de la campagne, du soulier paysan et de la shaïkacha ou shoubara* , de l’odeur d’une cour …

Et pourtant, chaque fois que j’entendais de tels propos, j’avais l’impression de caresser les gerbes de basilic. J’aime le parfum du basilic, il me rappelle la Serbie. Il est si auguste, si saint, si royal. Je me rappelais souvent dans de telles circonstances, un poème de Milan Rakich que, enfant, je connaissais par cœur : Je sens aujourd’hui qu’en moi coule / Le sang de mes ancêtres, héroïques et durs (…).

Mon père, le prince Paul, et le Roi Alexandre me parlaient des vertus de nos paysans-guerriers, du grand amour qu’ils portaient à leur pays et à leurs familles, de la facilité avec laquelle ils mourraient au combat en croyant à l’éternité et l’indestructibilité du peuple serbe. Avec le temps, j’ai pu lire de nombreux témoignages, pas seulement ceux portant sur les guerres, et je reste convaincu que la plus grande des élégances est d’être issu de cette race, de cette terre, de cette peine et de cette joie. Car, c’est de là que poussent les meilleures racines, troncs et ramures.

Quiconque aime la Serbie, sait à quel point ce pays est beau. Seulement, est-il possible d’imaginer un paysage sans hommes, d’une façon pure et idéale. Certes, non. Dans cette beauté vivent des gens libres - les paysans. Quand je vois tout ce qui s’est passé depuis plus d’un demi-siècle, il m’apparaît clairement que c’est le paysan serbe qui a enduré le plus. C’est lui qu’on poursuivait et tuait le plus. C’est lui qu’on déshéritait et qu’on poussait dans des coopératives, qu'on jetait au bagne, dont on faisait un « prolétaire », c’est à dire, un pauvre, dont on essayait de détruire la famille traditionnelle, ce qu’on appelle coutumièrement « la maison de maître ». Les nihilistes ont fait beaucoup de mal au paysan serbe. Pourtant, ils n’ont pas réussi à le détruire. La beauté et la liberté sont plus fortes que leur utopie assassine.

Et, au cours de la dernière décennie, qui a souffert le plus ? Les paysans serbes des Krajinas, de l’ancienne Bosnie et Herzégovine, et aujourd’hui, ceux du Kosovo et Métochie. De petits propriétaires respectés et prospères, ils sont devenus des « réfugiés ». En Serbie même, le paysan est pillé et appauvri, et son honnête travail tourné en dérision.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que l’idéologie du communisme, et celles du socialisme et du yougoslavisme stipulent qu’il ne sera possible de rendre l’humanité heureuse que lorsque tous les paysans seront devenus des vagabonds, des geux errants, prêts à vendre la tombe de leur propre père pour un salaire mensuel dérisoire. Dans les têtes de leurs acolytes à l’Occident - des « mondialistes » et des « libéraux » - a mûri l’idée d’un « prolétaire-nomade », d’une nouvelle espèce humaine qu’il leur faut créer pour réaliser le nouveau système d’esclavage. Les « Yougoslaves », qui règnent toujours sur notre Serbie, ne sont que de vulgaires dahies - un sous-produit - de cette nouvelle domination impérialiste.

Je pressens que les paysans serbes, qui restent les seuls Serbes libres, à présent, lorsque l’occasion leur sera offerte d’être à nouveau des libérateurs, chasseront,
poussés par leurs intérêts naturels, les despotes et les gaspilleurs, en affichant clairement leur désir souverain de voir la Serbie devenir un Royaume, c’est à dire une maison respectée et prospère.

Le grand Niégosh donna à Karageorge le nom de « fléau des tyrans », or nous savons que seul un homme libre peut se dresser contre la tyrannie. Profondément conscient de mon appartenance à une dynastie issue de la paysannerie serbe, j’espère qu’on me comprendra et que mes frères montreront qu’ils sont dignes de leur grand modèle paysan, incarné en Georges le Noir de Topola. Si je pouvais, je leur composerais un éloge. Entre temps, si quelqu’un leur demande leur nom, qu’ils disent: : mon nom est Karagorgevitch.


* différents types de casquette traditionnelle des paysans serbes